Affaire du statut spécial : Un chef traditionnel du Sud craint le déclenchement des revendications dans les régions l’Extrême-nord et de l’Est l’arrondissement de Biwong-Bulu

Après les évènements de Sangmelima, dans une interview  accordée à Afrique-54.com,  Théophile Edjou Ndo, Chef traditionnel dans l’arrondissement de Biwong-Bulu dans le département de la Mvila, pense que le statut spécial proposé pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest «  pourrait engendrer toute une série de revendications, notamment dans les régions de l’Extrême-nord avec Boko Haram ».

 

Alors Sa Majesté, revenons sur ces malheureux évènements survenus quelques jours seulement après la tenue du Grand Dialogue National à Sangmélima dans la région du Sud. Comment les avez-vous vécus ?

Il faut  condamner tout discours ayant trait à la haine, au tribalisme  et au repli identitaire

J’ai appris comme nombre de citoyens par le biais des médias, notamment de la radio, qu’il y a des évènements malheureux à Sangmélima. Les motifs, ce sont ceux qui ont été présentés à la radio, moi, n’ayant pas été à Sangmélima je ne peux pas en dire plus.

Ce n’est pas la première fois que de tels évènements se produisent dans le Sud. On avait déjà enregistré de tels affrontements à deux reprises entre ressortissants du Sud et de l’Ouest. Peut-on parler des vieux démons qui ressurgissent ?

Non, je ne partagerai pas de cet avis-là, puisqu’il n’y avait pas de situation latente. Vous savez quand il y a des mouvements, il y a toujours quelque chose qui les déclenchent. A un moment donné ça arrive, comme cela a été le cas récemment. Des jeunes ont  eu l’impression qu’ils sont délaissés, que personne n’est là pour les défendre lorsqu’ils font face à des problèmes, et cela a donc éclaté, au point de dégénérer. Je classerai même cela dans le cadre d’un non évènement. Bien qu’on parle d’un mort, on ne va pas négliger la vie humaine que l’on a perdue. Pour moi, c’est regrettable qu’on en soit arrivé à ce niveau-là. Quoi que regrettable je dis également merci, parce que l’on a su juguler ce mouvement à Sangmélima. Cela veut dire qu’une porte est encore ouverte et que les jeunes ont su écouter les anciens (élites, hommes politique, administration, autorités traditionnelles etc.…), ce qui suppose qu’à leur tour les anciens doivent d’un autre coté être attentifs aux sollicitations  des jeunes.

Comme par hasard, ces évènements se produisent dans la région natale du Chef de l’Etat, alors que ce dernier prend part à la 6ème conférence des donateurs à Lyon en France ?

Moi je doute fort qu’il s’agit d’une conspiration. Vous savez, il arrive très souvent que lorsque le papa se déplace les enfants se disputent, et il peut y avoir bagarre entre eux. Et lorsque le papa rentre, ils vont s’expliquer devant lui qui joue les arbitres et apaise les esprits. C’est courant de vivre cela y compris dans nos domiciles. Donc, parler de conspiration, je ne suis pas pour cette thèse-là, qui en mon sens ne tient pas la route.

Mais quelles leçons pourrait-on donc tirer de ces malheureux évènements ?

Je crois que derrière ces évènements, il faudrait néanmoins tirer des enseignements indispensables pour la cohésion sociale et l’harmonie entre la multi multiculturalité qui peuple le Cameroun. Il est donc urgent que les politiques publiques élaborées et mises en place tiennent compte des aspirations des populations locales. Et il faut systématiquement condamner tout discours ayant trait à la haine, au tribalisme  et au repli identitaire qui tend à s’installer au sein de la société camerounaise.

Sa Majesté, parlons de toute autre chose à présent, de ce grand dialogue convoqué à la fin du mois de septembre 2019 par le président de la République pour tenter de résoudre la crise anglophone. Déjà, comment avez-vous accueillis cet évènement ?

il y a les régions de l’Est et de l’Extrême-nord qui connaissent également des crises, faut pas les oublier

Je l’ai très bien accueillie, l’annonce de la convocation de ce grand dialogue national qui devait permettre à tous les camerounais de se parler. Parce que vous êtes sans ignorer que pour ne parler que du Nord-ouest et du Sud-ouest, c’est vrai depuis un bon bout déjà, trois ans exactement que cela dure, on ne savait pas quelle allait être l’issue de cette crise. Mais à côté, il y a les régions de l’Est et de l’Extrême-nord qui connaissent également des crises, faut pas les oublier. Bref, il y a des problèmes partout, il était important que les camerounais s’assayent et se parlent. C’est pour toutes ces raisons que j’ai bien accueilli l’annonce et  l’avènement de ce grand dialogue national.

Et comment avez-vous suivi la tenue des assises de cette concertation au Palais des Congrès de Yaoundé?

Moi je l’ai suivi à la maison, je n’avais pas été mandaté pour assister intuitu personæ à ce grand dialogue. Ce qui a été dit sans vous mentir, a beaucoup été apprécié à mon niveau. Les résolutions qui en sont sorties, je les ai accueillis à bras le corps. Les interventions, à l’instar de celle du doyen, je fais allusion au sultan roi des Bamoun, m’ont beaucoup marqué.

Des résolutions ont été arrêtées, quelle suite donner à ces différentes contributions ?

Je regrette ces vingt années passées à tergiverser au lieu d’accélérer le processus de décentralisation

Lorsqu’on regarde de près ces résolutions, il faut se le dire, ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’on arrivera à tous les mettre sur pied. On cherchera à les réaliser dans le temps. Le contexte actuel du pays, est-ce qu’il permet que tout cela soit effectif à court terme ? C’est une question. Avec les moyens que l’on a présentement, est-on en mesure de reconstruire le Nord-ouest et le Sud-ouest, tout de suite après le grand Dialogue ? On ira année après année, puisque la reconstruction dont on parle, ne peut se faire en un an. Il y a  par contre d’autres mesures qui peuvent être implémentées d’ici à là. J’ai beaucoup apprécié les résolutions au sujet de la décentralisation, et je regrette ces vingt années passées à tergiverser au lieu d’accélérer ce processus. Moi-même j’ai eu l’insigne honneur d’être point focal de la décentralisation, et donc je sais à quelle vitesse les choses évoluaient sur le terrain.

Un mot sur le statut spécial des régions du Nord-ouest et Sud-ouest auquel l’on fait allusion dans cette décentralisation que l’on voudrait voir accélérée ?

Cette affaire pourrait engendrer toute une série de revendications, notamment dans les régions de l’Extrême-nord avec Boko Haram, l’Est qui a souffert, et bien sur d’autres régions aussi ont des problèmes. Tout le monde va vouloir profiter avec cette affaire

Le grand dialogue a proposé les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest pour ce statut spécial, il va falloir emmener cela sur la table du Parlement qui va se prononcer dessus. Elle peut juger utile la proposition en l’état, soit intégrer les quatre régions concernées par les crises, ou alors l’étendre à toutes les régions du pays.

Sa Majesté, le grand dialogue national suffit-il à décrisper les tensions qui rodent en permanences sur le Cameroun ?

Les gens feraient erreur de croire que tout va s’arranger d’un coup. Prenons la crise avec nos frères du Nord-ouest et du Sud-ouest, il va bien falloir un jour déposer les armes, et que chacun rentre dans son village. Mais ça ne se fera pas de manière collective aussi rapidement pour tout le monde. C’est un mouvement qui a été nourrit, financé et organisé. Donc c’est comme une boite de pandore lorsqu’on ouvre, on ne sait pas ce qui peut en sortir. Je suis néanmoins certains que d’ici les six prochains  mois, ces remous vont considérablement baisser.

Votre message s’il vous en était demandé un ?

Aux dirigeants je demanderai d’écouter le peuple, au peuple je dirai de faire confiance aux dirigeants, et tout ira pour le mieux. Et je n’achèverai pas cette interview sans rappeler ces mots de Paul Kagame, le président du Rwanda qui dit pour le paraphraser, qu’il ne comprend pas comment des personnes qui vivaient ensemble depuis des années en paix, du fait des propos d’un inconnu arrivent à prendre les machettes les uns contre les autres. J’attire l’attention des dirigeants et du peuple.

 

Une interview réalisée par Thierry Eba l Afrique-54.com

 

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