Littérature africaine : Le nouvel ouvrage de Calvin Djouari fait polémique avec de terribles révélations

Ce jour 7 décembre à Paris, la littérature camerounaise s’enrichit d’un nouvel ouvrage. Il est de CALVIN DJOUARI. Le livre est intitulé « REVOIR YANGBA et NKONGSAMBA ». Un village, une ville. Il est un TEMOIGNAGE édité par la maison PANTHEON à Paris.

 

 

J’ai eu la primeur de le lire. C’est une aventure humaine unique d’un garçon devant la vie. Un écrit dans une langue d’une saveur sans pareille. Des souvenirs cocasses et oubliés, des anecdotes incroyables. Je dis bien incroyables.

On dit que la littérature est faite pour les vivants, mais voici un écrivain qui fait parler les morts. Il commence par rendre hommage au regretté Roger Moindou. « Chacun se souvenait de lui comme d’un homme calme, affable, qui n’avait d’égal que sa modestie. Brillant journaliste et intellectuel ouvert, précis et efficace, il avait toutes ces qualités rares chez de nombreux hommes publics de nos républiques. Il avait tant de choses à offrir, à partager et à communiquer ! Sa passion pour la tradition vuté et son goût pour les anecdotes avaient fait de lui l’historien de l’instant. »

Un écrit à multiples affiches. Il y a une résonance ethnologique, politique et sociale. Les textes semblent se chevaucher par moments et dans cette alternance de voix, les chapitres du livre gardent une certaine unité qui oscille entre les bons sentiments, l’amour, la haine, la nuit, le jour, les villages, les villes, les voyages, les vieux, les jeunes et surtout les amis. Une aventure, souvent fulgurante et crue. J’ajouterai un livre porté tout entier par le souffle d’un lyrisme incandescent.

« J’ai passé une jeunesse sensationnelle et j’ai mûri. Ensuite, j’ai honnêtement gagné ma vie, sans tricher, recherchant toujours en moi et tout autour de moi les valeurs qui exaltent la force de l’homme. Rien ne devrait nous empêcher de forger notre chemin. La joie de vivre m’a permis non seulement de m’ouvrir les yeux, mais aussi de m’ouvrir au monde et ces portes que je n’ai pas refermées demeurent béantes, ouvertes à tous. »

Le livre de Calvin Djouari sonne terriblement, même s’il a mis beaucoup de lui-même, c’est d’abord un livre écrit pour ses descendants, son peuple du Cameroun, ses amis. Ce qui frappe dans ce récit, c’est la séduction mené tambour battant. On y trouve presque tous les sujets. Les souvenirs, d’école, l’amour, l’aventure, le pays, les amis, la danse ainsi que la musique, parfois la haine menée avec dérision et humour.

Calvin a développé son imaginaire partout, c’est avec une précision quasi ethnographique qu’il évoque certains milieux, d’abord le peuple Babouté, ses origines, puis le peuple Bamileké, afin, celui des Tikars.

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Paradoxalement, l’œuvre épouse un caractère romanesque : « Certains soirs, à la belle saison, quand la lune paraissait, après le dur labour des champs, la nuit s’offrait au romantisme à Yangba. La belle et douce lumière de la lune l’inondait si bien qu’il donnait l’impression d’être couvert d’un tissu de soie paré aux couleurs de sa luxuriante végétation. On en venait, avec une déconcertante facilité, à oublier les contrariétés pour plonger plutôt dans une soirée carnavalesque, où la danse animée par des gamines qui chantaient et dansaient le Ngoa en se dirigeant vers le centre du village emballait tout le monde au passage. C’était l’un des rares instants où Angeline se joignait aux autres et où ensemble, elles laissaient entendre leurs voix langoureuses. Drapées des pagnes qui remontaient jusqu’aux poitrines aux seins nus, la tête couverte de fines étoffes, ces mantilles rafistolées à grand renfort d’épingles étaient débordantes d’originalité, en plus de condenser l’innocence qui transparaissait dans leur regard. »

Ce n’est pas tout, car Calvin Djouari nous fait pénétrer dans un monde ouvert, des hommes hauts en couleur qu’il a rencontrés au cours de sa vie, comme Djindjini qui s’est vêtu d’un vêtement rouge pendant 18 ans.

C’est un grand livre ethnologique, un témoignage vivant, tous les ingrédients se trouvent réunis d’une sorte de fresque cinématographique. Son témoignage est passionnant car son aventure personnelle coïncide avec un moment important de l’histoire du Cameroun. Parodie de l’amour, mystification des apparences changeantes d’où se conforment les paillasse humaine.

 

 

Dans ce livre, il parle de sa ville préférée, ville de sa prime jeunesse Nkongsamba écoutez-le « Les jeunes aimaient la vie et cette vie, ils la trouvaient à Nkongsamba. Ce n’était pas une époque frustre, cette ville bougeait, il y avait du café et des fêtes étaient organisées à la moindre occasion. À Nkongsamba, on ne connaissait pas ce que c’est qu’un Bassa, un Beti, un Bamiléké, un Bakweri, un Bafia ou un Douala, il existait une culture naturelle de la camaraderie. »

Ou alors quand il relate les souvenirs de cette ville épique, il écrit : « Certains célèbres artistes ont vécu à Nkongsamba. À cette époque, Ndedi Eyango était un élève du CETIC de Nkongsamba, pendant qu’Henri Njoh et Consty Billong, Ngoye Jean Calvin alias Ngoye Jeka fréquentaient le lycée et Socka Bongué. Sans en avoir la certitude, j’apprendrais aussi que Richard Bona y avait séjourné. Dans les concerts scolaires, on reprenait surtout les chansons de Talla André Marie et Ashanti Tokoto. Ces anciens grands musiciens ont beaucoup marqué nos esprits. On peut également citer les Black Styl.

Parmi ces anciennes vedettes, certaines ont excellé comme Jacky Doumbe. Jacky prenait du temps pour composer ses chansons et il se faisait un devoir de réussir, je ne lui trouve de comparable que Ben Decca Dina Bell, Douleur, et de nos jours Longuè Longuè et X.Malela. Nkongsamba n’était pas seulement la ville des artifices, mais également et d’abord un milieu propice à un épanouissement intellectuel de choix, une ville où la jeunesse studieuse jouissait d’innombrables facilités. Elle a donc formé beaucoup d’intellectuels de renommée nationale et internationale…. »

Ce livre qui a suscité la polémique autour de sa famille, ses frères, ses amis et sa tribu, finit dans une lueur tragique avec l’événement qui s’est produit dans la ville de Mbamdjock. « Mbandjock a écrit son histoire en lettre de sang. Il y avait toujours chez l’homme l’instinct animal qui resurgissait et le faisait replonger dans le déshonneur. Dans cette existence, où nous sommes tous des animaux, il y a toujours le roi de la jungle qui décide du sort de la vie des autres tout simplement parce qu’il veut devenir le fantôme de sa propre légende. Un crime qui n’a laissé personne indifférent. Quoi qu’il arrive, c’est une affaire classée. » Pour écrire un tel livre il faut avoir vécu. Ce livre compte 272 pages, chaque minute compte.

Disponible à la Fnac, Amazon,Decitre, Cultura, Hachette, Rakuten, 7 Switch.

 

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