Entretien exclusif avec Simon Kumase Powoh , Fondateur de Gulf Field : « Nos étudiants sont envoyés à l’étranger pour se spécialiser »

Simon Kumase Powoh , précurseur de la formation aux métiers de pétrole fait des confidences sur les secrets de sa réussite et dévoile le projet d’extension de son institut Gulf-Field qui ouvrira ses portes dès janvier 2018 à Kribi. Le digne fils de Santa dans la région du Nord-ouest présente cette école supérieure qui met un point d’honneur à la formation pratique et la discipline.

Qui est Monsieur Kumase Powoh ?
Simon Kumase Powoh : Je suis enseignant de profession et fondateur de Gulf Field National School of Petroleum qui est la première école de formation aux métiers de pétrole. Je suis originaire de la région du Nord-Ouest et natif de Santa. Je suis issu d’une famille modeste qui m’a appris le culte de l’effort et l’amour pour notre cher et beau pays, le Cameroun. Et c’est grâce à cet amour que j’ai fondé cette école d’avenir.

Mr. KUMASE Simon Powoh , Fondateur / Directeur Général

Monsieur le fondateur, d’où vous est venue l’idée de créer cet institut supérieur spécialisé dans la formation aux métiers du pétrole ?
Simon Kumase Powoh : Je pense cette question est très importante pour le Camerounais. Je travaillais dans une société qui faisait dans le pétrole où j’étais directeur financier. Quelques temps après, j’ai constaté que le Directeur général de cette entreprise avait à l’époque un salaire mensuel de 14 millions de Francs CFA et moi en tant que directeur financier on me payait 900 000 F Cfa. Ce salaire était important puisque plusieurs fois supérieur au salaire que je touchais avant. Ce qui a suscité davantage mon intérêt et surtout plusieurs interrogations au point où, un samedi, rendu en mer où il y avait un forage de pétrole, j’ai réalisé qu’il y a beaucoup de Nigérians et Chinois, sans aucun autre camerounais en dehors de moi. J’avais ainsi découvert et appris tellement de choses pendant la période passée dans cette entreprise.

A la fin de mon contrat avec cette société et fort des économies accumulées, je suis parti en Europe puis en Arabie Saoudite où j’entre au Mohamed Hifies School of Petroleum. Il faut le dire, au Mohamed Hifies School of Petroleum , la durée de la formation était, du moins à notre époque, de quatre ans avec 3 heures et demi de cours par jour. L’idée de créer une école dans ce domaine me vient donc étant en Arabie Saoudite.

Pourquoi avoir lancé au départ ce projet sous la tutelle du Ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle ?
Simon Kumase Powoh : Bonne question. Mon souci était le suivant ; faire comprendre aux Camerounais qu’on peut aussi faire ces métiers sans avoir des gros diplômes et de les faciliter l’accès aux métiers de pétrole. L’essentiel étant de montrer sur le terrain ce qu’on sait faire. Voilà pourquoi au départ, j’ai demandé et obtenu l’agrément du Ministère camerounais de l’Emploi et de la Formation Professionnelle avec l’appui et encouragements de Monsieur Zakari Perévet. Vous savez, nous sommes au Cameroun, et le culte du diplôme hante beaucoup de nos compatriotes encore influencés par les mentalités françaises. Je le relève parce que trois ans après, il y a eu une forte demande des parents qui ont souhaité que le Gulf Field National School of Petroleum ait un agrément du Ministère de l’Enseignement Supérieur avec qui nous sommes en parfait accord. Dieu merci, grâce au Professeur Jacques Fame Ndongo qui nous donne de sages conseils, nous avons amélioré la qualité de nos formations.

 

Pouvez-vous nous présenter Gulf Field National School of Petroleum ?
Simon Kumase Powoh : Situé à Limbe, le Gulf-Field j’ai créé cet intistut pour donner du pouvoir aux jeunes et les aider à obtenir de bons emplois grâce à une formation professionnelle. C’est le meilleur cadeau que tout citoyen illustre puisse offrir à ses concitoyens. Notre campus est moderne, avec des salles de classe, des salles d’étude et des centres de recherche bien ventilés. Gulf-Field offre plusieurs formations. Comme institut pétrolier, nous avaons : Electrical and Electronics Engineering , Petroleum Engineering et Petrologistics Engineering. Comme école de commerce et de gestion, nous offrons les formations en Comptabilité, en Banque et finance, en Gestion des affaires et marketing et en Assurance et Gestion des risques.

QUELQUES PARTENAIRES INTERNATIONAUX DE GULF FIELD

  • Ivonc Flankies Technical University Of Oil and Gas en Ukraine ;
  • Harriot Watt University en Malaisie ;
  • Univesity of Technology en Malaisie ;
  •  Near Est University en Chypre ;
  • Novogorat Technical University en Russie ;
  • Alberta University au Canada.

De bons sites de loisirs et de détente ont également été installés sur le campus. Gulf-Field exploite une auberge étudiante luxueuse et bien sécurisée, avec des chambres de différentes tailles et catégories. Chaque étudiant doit vivre sur le campus. Cela permet de réduire le coût des loyers, d’assurer la sécurité de l’étudiant, de faciliter le contrôle des étudiants et de promouvoir la discipline.

Comment cette initiative a-t-elle été accueillie ?
Simon Kumase Powoh : Ce n’est pas facile avec les Africains qui attendent toujours tout du Blanc. Pourtant, ce qu’un Européen ou un Asiatique fait, un Africain notamment un Cameroun peut bien le faire. Ils n’ont pas cru à ce projet dans ses débuts. Les gens m’ont beaucoup découragé au début.

Certains m’ont dit que le secteur du pétrole est interdit et progressivement, ils comprennent comme certains nos dirigeants qui m’ont soutenu moralement. Ils n’ont pas hésité de souligner les mesures du Chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya qui, pour le bonheur des Camerounais, prône la professionnalisation. C’est le même chef de l’Etat qui a libéralisé le secteur pétrolier et qui recommande la spécialisation aux jeunes et accorde des subventions aux Instituts Privés d’Enseignement Supérieur sur proposition de Monsieur le Ministre de l’Enseignement Supérieur.

Pourquoi avoir choisi Limbe pour implanter l’Ecole?
Simon Kumase Powoh : Implanter Gulf Field National School of Petroleum, n’est pas un choix anodin. Car, certaines grandes infrastructures pétrolières du pays sont installées dans la ville de Limbe telles que le Chantier Naval et la Sonara. Donc, nos étudiants de temps en temps accèdent à ces installations, ils ont l’opportunité de toucher du doigt les réalités du terrain et de voir le pétrole à l’état brute ainsi le processus de sa transformation.

Se lancer dans un tel projet n’est pas du tout une chose aisée. Pouvez-vous nous parler des difficultés auxquelles vous avez fait face depuis son lancement ?
Simon Kumase Powoh : Beaucoup de difficultés. Comme je l’ai dit plus haut, d’abord les gens ne croyaient à nos capacités de réussir ce projet. Et pour faire former les jeunes Camerounais aux métiers pétroliers, les parents ont certes la volonté, mais restent confrontés aux problèmes d’argent pour payer leur scolarité. L’autre difficulté c’est la rareté des enseignants qualifiés. Et pour résorber ce déficit en enseignants professionnels et expérimentés, nous étions obligés de faire appel à nos frères Africains du Sénégal, de la Tunisie et bien autres qui enseignent en Europe.

En dehors du non accès aux bourses, qui, nous espérons, sera bientôt un lointain souvenir, il est à souligner que la peur des parents liée à la crise anglophone a été à l’origine de la réduction de notre effectif chiffré à 500 étudiants pour l’année académique dernière 2016-2017 contre 800 étudiants 2017-2018.

A côté de ces difficultés, vous avez sûrement un bilan chiffré agréable… Que retenir aujourd’hui après six ans d’existence en matière de la formation des jeunes ?
Simon Kumase Powoh : Notre institut a déjà formé 3000 jeunes. Sur les 3000, plus de 180 ont opté pour la spécialisation et sont actuellement dans d’autres écoles en Europe, en Russie, en Ukraine et en Chypre. Le 9 décembre 2017 on a organisé la cérémonie d’au-revoir de 72 étudiants partis en Malaisie pour la spécialisation. Leur formation ne peut pas être achevée ici parce qu’on a un problème d’équipements. Certaines sociétés comme l’entreprise française Total, ne permettent pas à nos étudiants d’accéder à sa plateforme. Nous sommes donc obligés d’envoyer chaque année nos étudiants à l’étranger grâce au soutien de notre gouvernement qui ne ménage aucun effort pour nous faciliter l’obtention des visas.

Êtes-vous satisfait des retours sur les produits de GulF Field University Institute Of Petroleum , Mining and Management Sciences of Petroleum injectés dans le marché du travail ?
Evidement. Nous avons des retours assez positifs sur les produits employés par de nombreuses entreprises satisfaites aujourd’hui à l’instar de PERENCO S.A. ayant recruté plus de 10 anciens étudiants de Gulf Field National School of Petroleum. Nous avons aussi ceux qui ont fini leur formation ici et sont devenus créateurs et patrons d’entreprises. Un a créé sa propre société à Tchombé et emploie 22 étudiants issus de notre institut. A Yaoundé, un autre a lancé une petite raffinerie d’huile d’arachide et emploie également des jeunes Camerounais dont des anciens étudiants de cette école.

Parlant de Gulf Field Institute, quelles sont les particularités que votre écoles offre en matière de formation par rapport aux autres écoles ?
Simon Kumase Powoh : Au Gulf Field Institute, nous mettons un point d’honneur à la formation pratique, car nous ne nous limitons pas à la théorie. Il a lieu de se réjouir aujourd’hui que, sous le contrôle de notre tutelle, le Ministère de l’Enseignement Supérieur qui est assez rigoureux sur le contenu des formations, Gulf-Field Institute a des programmes qui répondent aux standards internationaux.
En dehors de la qualité de nos programmes, la discipline et la rigueur occupent une place importante dans la formation de nos étudiants.

Avez-vous pensé d’étendre votre présence dans d’autres villes camerounaises ?
Simon Kumase Powoh : Nous portons un projet dans ce sens. Notre défi est de faciliter l’accès aux métiers de pétrole aux jeunes Camerounais. Nous aurons une annexe dans la ville de Kribi. A partir de janvier 2018, notre institut va s’installer aussi pour ouvrir ses portes aux jeunes. D’ailleurs, la peur manifestée l’année passée par les parents avec la crise anglophone nous a amené à accélérer notre projet d’implantation à Kribi. Et pour ce qui est des autres villes, l’avenir nous le dira.

Quels sont les partenaires qui vous accompagnent dans le suivi et la réalisation de ce vaste projet ?
Bonne question. Pour garantir une meilleure spécialisation de nos étudiants, notre institut a établi un réseau de partenaires internationaux de renom. Dans ce réseau que nous sommes en train de consolider et d’élargir, figurent Ivonc Flankies Technical University Of Oil and Gas en Ukraine ; Harriot Watt University et Univesity of Technology en Malaisie ; Near Est University en Chypre ; Novogorat Technical University en Russie et Alberta University au Canada.

Avez-vous des conseils pour les jeunes ?
Simon Kumase Powoh : Je ne peux rien dire de nouveau aux jeunes. La politique actuelle des pouvoirs publics leur parle beaucoup. Dès le secondaire, ils doivent penser à opter pour une bonne orientation et par la suite à la professionnalisation. Qu’ils cultivent en eux l’esprit de créativité. Qu’ils abandonnent l’idée selon laquelle le gouvernement peut tout faire pour eux. Le secteur privé est plus porteur.

Votre mot de fin ?
Mon mot de fin est de remercier le chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya, président national de notre parti le RDPC, pour son engagement à maintenir notre pays, le Cameroun dans la paix et la stabilité ; sans oublier ses multiples efforts et réalisations titanesques pour l’émergence de notre cher et beau pays. Je n’oublie aussi le Ministre de l’Enseignement Supérieur Jacques Fame NDONGO et le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle Monsieur Zakari Perévet pour leur soutien.

Interview réalisée par Marcien  Essimi et Jean Leonard Neme, La Voix Des Décideurs

 

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