Cameroun : Les conseils d’un membre du parti au pouvoir à l’opposant Maurice Kamto

Pour le Professeur de droit public, le résultat des marches du 22 septembre 2020 un échec cuisant pour le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc). Il constate que le refus de participer aux dernières élections législatives et municipales a fragilisé le Mrc et Maurice Kamto. L’ancien député du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) appelle le président de cette formation politique à assumer ses mauvais choix et réaliser ses « actes manqués ».

Le mardi 22 septembre de tous les dangers est bien passé sauf quelques mouvements enregistrés à Douala , Bafang, Bahan sans plus, mais beaucoup de parlotes dans les médias et dans les chaumières. Aujourd’hui, toutes les parties en sont à tirer les leçons d’un bras de fer duquel ne sort pas grandi son principal instigateur. Tout cela dans un contexte politique dicté par les préparatifs des toutes premières élections régionales jamais organisées au Cameroun. Sur le plateau d’Actualité Hebdo, le Professeur Joseph KANKUE politologue enseignant à l’Université de Dschang et ancien député RDPC de la Mifi avec qui, Ibrahim Sériff a croisé le verbe.

Pr. Joseph KANKUE bonsoir !
Bonsoir mon cher Ibrahim Sheriff.
Alors quelle lecture faites-vous du communiqué qui a été publié par le gouvernement ce vendredi en réaction à la journée du 22 septembre ?
Bien, c’est une réaction attendue. La réaction du gouvernement était attendue. Après avoir suivi ce communiqué, je me suis dit, le gouvernement a pris le taureau par les cornes. Parce que dans ce communiqué, le gouvernement demande aux Camerounais de continuer à faire confiance à son président Paul BIYA, qu’ils ont massivement élu le 07 octobre 2018 et qui, je crois, est à la troisième année de l’exercice de son mandat présidentiel qui va jusqu’en 2025. Il demande aux forces de l’ordre de continuer à travailler avec professionnalisme. Parce que, ces forces de l’ordre ont fait montre d’un professionnalisme malgré les attaques à gauche et à droit, malgré tout ce qui s’est passé le 22 septembre dernier. Les forces de l’ordre sont restées professionnelles et le gouvernement leur demande de continuer à rester professionnelle.

 

Le gouvernement nous dit ensuite qu’il y a eu des gens, des militants du MRC qui ont été arrêtés. Certains ont été libérés, et d’autres sont encore devant la justice, et les enquêtes judiciaires continuent. Le gouvernement nous fait savoir que pour ce qui est du président national du MRC, il est également dans une situation où les enquêtes continuent. Donc, moi je pense certainement que le gouvernement a bien réagi en demandant aux Camerounais de vaquer à leurs occupations et de ne pas suivre les mots d’ordre insurrectionnels, les déclarations de guerre telles qu’on l’a entendu avant le 22, au cours de la journée et même après cette journée.

Nous avons tous suivi le président du MRC qui a fait le bilan de cette journée et a dit que le mouvement va continuer jusqu’à la chute du régime ce qui est à mon avis une déclaration de guerre. Une déclaration insurrectionnelle tout simplement pour demander au Camerounais de se mobiliser derrière lui pour faire chuter le régime. Donc, je pense que le gouvernement a bien réagi.

Comme cela a également été souligné, la situation du MRC fait également partie d’une enquête ou d’un examen approfondi actuel au niveau du Ministère de l’Administration Territoriale. Je ne pense pas que les partis politiques soient créés pour troubler l’ordre public, déstabiliser les institutions ou défier les institutions de la république.

 

 

Est-ce que vous comprenez le fait que le communiqué du gouvernement de ce vendredi est comme ce n’est pas souvent dans son habitude un ton suffisamment ferme ?
Je pense que le gouvernement a été suffisamment ferme et c’est ce que j’ai relevé dans les différents éléments que j’ai évoqué tout à l’heure. Quand on parle par exemple du cas du MRC qui est actuellement en plein examen au niveau du Ministère de l’Administration Territoriale, ça n’a jamais été le cas depuis que ce parti politique existe et pour le moment nous ne pouvons pas savoir ce qui va se passer au niveau du MINAT. Parce que cet examen continue, c’est un examen approfondi, donc le gouvernement est ferme, je dis bien très ferme et demande aux Camerounais de ne pas suivre ces mouvements insurrectionnels.

D’une manière générale pour vous-même politologue, homme politique également, quelles leçons vous vous tirez de la journée du 22 septembre ? On a un peu marché, on a dit échec du mouvement, vous vous tirez quelles leçons ?
Je crois que cette marche a échoué, et c’est parce que ces marches ont échoué, je demande aux Camerounais de continuer à observer justement ce qui se passe et continuer à vaquer à leurs occupations. J’étais à Yaoundé, j’ai fait le tour de la ville et je me suis rendu-compte que c’était une ville calme, les gens n’ont pas marché à Yaoundé. C’est vrai qu’il y avait un imposant dispositif de sécurité, mais quand on vous annonce qu’on va déloger un président de la république élu, l’Etat doit prendre ses dispositions parce qu’il s’agit du renversement des institutions. Il s’agit d’une attitude de défiance vis-à-vis des institutions de la république.

 

 

Pour parler du président de la République, quand il accède au pouvoir le 06 novembre 1982, dans son discours d’investiture, même s’il insiste dans la possibilité de continuer avec l’action mené à la tête de l’Etat par son prédécesseur, un an après, il y a déjà la démocratie au sein du parti et certains barrons tombent en 1983.

En 1985 dans une salle comble à Bamenda le président de la république lors du quatrième congrès ordinaire de l’UNC, a fait une déclaration je dirais presque révolutionnaire. Les camerounais ne doivent plus pour exprimer une opinion dissidente prendre le maquis, quitter leur famille ou aller en exil. Et deux ans plus tard en 1987, il publie aux éditions Pierre Favre à Paris Pour le libéralisme communautaire. Dans ce livre, il annonce une charte de libertés.

En 1990, ces libertés sont consacrées par les lois de la république parmi lesquelles les lois de 90 sur les libertés d’association. C’est de cette loi que sont nés les partis politiques. Je pense au SDF, je pense à d’autres partis politiques comme le MDR par exemple qui ont pris part aux élections qui ont suivis. En 1996, la loi constitutionnelle est venue renforcer et éclore l’arsenal juridique par rapport à ce libéralisme politique.

Depuis lors, on a assisté à des élections dans notre pays, plusieurs élections concurrentielles législatives, municipales et présidentielles. Et quand vous avez un président qui a cette démocratie dans son âme, je crois qu’il faut simplement travailler avec lui, jusqu’à ce que les institutions qui ont été créées dans le cadre de cette démocratie soient non seulement renforcées dans leur existence mais que les camerounais puissent véritablement apprendre des choses dans cette école de la démocratie et la mettre en application.

 

Oui ! Mais Professeur ceux qui ont organisé les marches ou qui ont appelé aux marches du 22 septembre disent aujourd’hui au Cameroun, on n’a pas d’autres moyens que de faire ainsi pour ce faire entendre.
En 1990, nous avons tous assisté aux opérations villes mortes, pays mort. Mais le chef de l’Etat avait consacré à travers des projets de loi sur les libertés à l’Assemblée nationale, je dis bien ont été votées. Et aujourd’hui, on est en démocratie. La démocratie n’est pas parfaite et aucun texte n’est parfait. C’est pour cela qu’il y a une possibilité d’évoluer. Ce n’est pas parce qu’on demande sans cesse la révision du Code électoral que tout de suite qu’on va entrer en guerre ou en insurrection quand la réponse n’est pas encore apportée.

Chaque chose en son temps. Ce code électoral permet déjà l’expression démocratique des Camerounais, c’est déjà une avancée significative. Mais d’autres avancées sont attendues et ces réponses seront apportées en temps opportun. Les demandes sont comprises par les gouvernants et je dis bien ces réponses seront apportées en temps opportun. Quand on dit qu’on va marcher pour renverser les institutions, déloger un président démocratiquement élu, c’est une insurrection.

Le Cameroun avait-il besoin de privilégier l’autochtonie dans l’élection des acteurs clés des collectivités territoriales décentralisées.
Moi je vous dis que ce n’était pas une mauvaise chose d’en parler parce qu’il s’agit là du développement local. Et quand on parle du développement local, il s’agit de mettre en application l’amour qu’on a pour les senteurs du coin, le relief et le climat un certain environnement et ce n’est pas en contradiction avec le développement local.

Au contraire, quelqu’un qui est né dans une localité qui aime la localité, et quand on parle d’autochtonie quelqu’un peut être président du conseil régional à l’Ouest et s’appeler Atangana, Onana ça dépend maintenant de la façon dont-on définit l’autochtonie. Donc, c’est n’est pas en contradiction avec le développement local qui est un véritable défi pour la décentralisation.

Pourquoi un Etat de droit interdit une marche pacifique ?
Bien si on a interdit la marche de Maurice Kamto, la marche du MRC plus précisément du 22 septembre dernier, c’est parce que derrière cette marche ils ont dit qu’ils voulaient déloger le président élu en 2018 et ce n’est pas acceptable en démocratie.

L’article 2 de la constitution de 1996 parle de la souveraineté. Le peuple est souverain, seul le peuple est souverain et il exerce cette souveraineté soit à travers le président de la république soit à travers le parlement soit par voie de référendum.

 

 

Le peuple s’est exprimé en 2018 et le président élu avec 71,28% selon les résultats du Conseil constitutionnel. Après un tel résultat, le mandat devient irrévocable. Comme je l’ai dit tout à l’heure et le débat est clos puisque les décisions du conseil constitutionnel sont insusceptibles de recours. Après ces décisions, aucune fraction du peuple, ni aucun individu ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté et c’est la loi fondamentale de notre pays qui le dit.

Quelle loi adoptée pendant votre mandat peut porter votre nom pendant votre passage au parlement en tant qu’expert de droit public ?
Il n’y a aucune loi qui porte mon nom, mais généralement j’ai beaucoup travaillé avec le groupe parlementaire RDPC à l’Assemblée Nationale dans le cadre de plusieurs propositions de loi qui ont abouties à l’adoption d’un règlement intérieur à l’Assemblée Nationale. Ils ont abouti à l’organisation du congrès du parlement, c’est une loi qui organise le congrès du parlement et c’était une proposition de loi du RDPC. J’ai beaucoup travaillé dans le cadre de cette proposition, j’ai beaucoup travaillé dans le cadre d’une autre proposition qui a doté l’Assemblé Nationale d’un nouveau règlement. Parce qu’il avait dans l’ancien règlement beaucoup de choses qui étaient contraires à la constitution. Donc nous avons travaillé dans ce sens-là avec notre groupe parlementaire.

Comment expliquez-vous le fait que des marches qui, à la base pacifique deviennent insurrectionnelles sans que des marcheurs ne posent des actes de vandalisme ?
Si les forces de maintien de l’ordre n’étaient pas professionnelles, à mon avis, on serait en train de déplorer beaucoup de choses aujourd’hui peut être même de nombreux morts. Mais pour le moment, si le gouvernement dans son communiqué hier a félicité les Forces de Maintien de l’Ordre pour leur professionnalisme, alors c’est parce que ces forces ont travaillé pour qu’il n’y est pas de débordements surtout quand on connaissait l’objectif principal des marcheurs à savoir déloger le président de la république au palais.

 

 

L’usage du qualificatif insurrection pour l’appel du MRC est-il conforme aux définitions des sciences politiques et du droit ?
Nous disons non. Il y a un article 2 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, qui parle de la résistance à l’oppression.

Généralement, quand des mouvements, des organisations parlent d’insurrection ou parlent de la résistance ils font référence à cet article 2. Mais c’est un abus d’interprétation parce que, en même temps, l’article 2 parle de liberté, et parle de tout ce qui a été consacré dans notre pays par la loi de 1990 et par la constitution de 1996.

Nous sommes dans un pays où les institutions ont été créées par la loi et où ces libertés existent. Donc, c’est pour cela que ces libertés sont contrôlées car, nous sommes encore en train d’apprendre la démocratie. Nous avons tous vécu ensemble la rocambolesque élection présidentielle américaine où il y a eu des retards dans l’acheminement de certains résultats électoraux après plus de 200 ans de pratique démocratique. C’est des choses qui ne sont pas parfaites, mais l’homme se bat tous les jours pour combattre certaines aspérités de la vie y compris de lois qu’on vote.

C’est pour cela que j’ai dit tout à l’heure que, ce code électoral qui aujourd’hui pose problème à de nombreuses formations politiques et même au RDPC, sera révisé tôt ou tard. Mais Chaque chose en son temps, ce n’est pas par force, par la voie révolutionnaire ou par la voie insurrectionnelle qu’on va absolument obtenir ces résultats sur le plan juridique.

Que doit faire une personnalité comme le Pr Maurice Kamto ou même une personne lambda pour exprimer son désaccord avec le pouvoir en place, en dehors des marches on fait quoi ?
On peut annoncer les marches et demander aux FMO de les encadrer, mais dès lors qu’on connaît que l’objet de la marche est de déloger le président de la république, on ne peut pas accepter une telle marche. Il s’agit là en effet d’une déclaration de guerre aux institutions de la république incarnées par le président de la république.

Conformément à l’article 5 alinéa 2 de la constitution de 1996, il est le garant l’indépendance de notre pays, il est le garant de l’unité et de l’intégrité du territoire national. On ne saurait tolérer le trouble à l’ordre public ou encore le défi que certaines formations politiques lance à certaines institutions de la république.

 

 

Le président de la République est le président de tous les Camerounais de l’intérieur, comme de l’extérieur y compris les Camerounais de l’opposition. Il a gagné les élections présidentielles en 2018, il est à la troisième année de l’exercice de son mandat.

Dans quatre ans on ira à nouveau aux urnes, c’est l’une des élections qu’on ne reporte pas, on n’ajourne pas l’élection présidentielle dont la prochaine élection présidentielle c’est 2025. Je demande à celles et ceux qui ont perdus à se préparer pour 2025 c’est tout. On ne perd rien à attendre mais on perd quelque chose en plongeant le pays dans l’instabilité institutionnelle, dans la déstabilisation, en faisant en sorte qu’on dise oui que le Cameroun est ingouvernable. Mais si le Cameroun est ingouvernable, c’est vous qui allez gouverner le Cameroun demain ?

Parce qu’on n’est pas sûr que vous serez parfaits. Ceux qui disent qu’ils vont le déloger on n’est pas sûr qu’ils seront parfaits. Si déjà l’homme n’est pas parfait ce ne sont pas le militant de MRC ou alors les militants des autres partis qui seront parfaits. Donc, on est appelé à se former tous les jours, à corriger, à se corriger et si on a la responsabilité de diriger un pays comme le Cameroun à mon avis il faut penser effectivement à l’évolution. Je vous ai dit que le président de la République S.E. Paul BIYA, c’est quelqu’un qui a la démocratie dans l’âme.

Malgré le fait qu’il ait accepté de travailler dans la continuité de son prédécesseur, en 1983, il avait déjà amorcé le tournant vers la démocratie à l’intérieur de son parti l’UNC à l’époque. Et je dis bien en 1985 à Bamenda c’était là où il a signé l’acte de décès du monolithisme politique au Cameroun. Aujourd’hui, on a tous ces partis politiques, ces dirigeants de l’opposition le savent et plus précisément le président national du MRC qui a travaillé avec le chef de l’Etat pendant sept ans il le sait.

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Quand le chef de l’Etat dit dans une interview à Ives Morousi à radio Monte-Carlo je crois en 1988 : « on retiendra de moi celui qui a apporté la démocratie et la prospérité aux Camerounais », et cette démocratie est là. Nous travaillons pour la prospérité de notre pays. Peut-on travailler pour la prospérité et envisager la déstabilisation quotidienne des institutions ? La réponse est non. S’il faut qu’on se développe, on doit vivre en paix. Nous sommes à la veille d’une rentrée scolaire et universitaire mais imaginez un instant le pays s’embrase où allons-nous ? C’est une année qui va connaitre des soubresauts à son début et on ne pourra pas imaginer ce qui va se passer par la suite.

Donc franchement, travaillons pour la paix. Je demande au président national du MRC, je demande à l’honorable Albert Nzongang de faire l’économie de l’extrémisme parce que ça ne paie pas. C’est vrai ils ont été en prison et quand on sort de prison, on a tendance à se radicaliser. Mais il y a une vie après la prison et cette vie, on peut la mener en paix et travailler, c’est-à-dire tourner définitivement une page comme celle-là qui est triste mais là tourner.

 

 

Professeur, nous allons maintenant parler de ces élections à venir le 06 décembre prochain les premières élections régionales au Cameroun. C’est quoi les enjeux ? On met beaucoup en avant la décentralisation.
L’enjeu principal, c’est le parachèvement de notre processus de décentralisation. Au commencement était la Constitution où est la Constitution du 18 janvier 1996. Dans cette constitution, nous avons un article 1er alinéa 2 qui parle de l’Etat Unitaire décentralisé. Après, les articles 55 jusqu’à 62 plus précisément le titre 10 de cette constitution parle des collectivités territoriales décentralisées. Jusqu’à tout récemment, seules les communes étaient fonctionnelles premier échelon de la décentralisation. Aujourd’hui le deuxième échelon que sont les régions, sont en train d’être mises sur pied et ces élections auront lieu le 06 décembre prochain. Donc, l’enjeu principal, c’est le parachèvement de notre processus de décentralisation. Mais cela dit, on est toujours en apprentissage.

Quand on a fini d’élire ces gens-là conseillers régionaux, comment on fait pour que ce soit effectif sur le terrain ? Qu’on sente qu’effectivement qu’au niveau de la région de l’Ouest, au niveau de la région de l’Est qu’on s’est véritablement pris en main.
C’est tout simplement la réalisation des missions de développement au niveau local. C’est la traduction dans les faits du Code général des collectivités territoriales décentralisées. Cette loi du 23 décembre 2019 a été votée à l’Assemblée Nationale et promulguée par le président de la république le 24 décembre 2019. Dans ce Code général, vous avez des choses que les régions doivent faire.
Dès qu’ils vont être élus conseillers régionaux le 06 décembre prochain, la première chose à faire, c’est au cours de leur première session de plein droit, le deuxième mardi qui suit leur élection, ils vont mettre sur pied leur bureau et au niveau des bureaux.

 

 

Vous avez un président du conseil régional, un premier vice-président du conseil régional, deux questeurs, deux secrétaires et quatre commissions qui vont travailler pour ce qui est des huit régions francophones. Vous devez savoir que pour ce qui est des spécificités des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, leurs conseils régionaux auront cinq commissions. Parce que là il y a une importance à mettre sur l’éducation, surtout à côté des missions générales du développement local reconnues par le Code aux huit régions francophones.
Il y a d’autres missions qui sont reconnues aux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest notamment l’élaboration et la mise en application des politiques publiques relatives au sous système éducatif anglophone , l’élaboration et la mise en application des politiques publiques relativement au sous-système du commun law, sans compter maintenant des missions de développement régional, sans compter ces sortes de médiateurs de la république qui existent dans ces deux régions qu’on appelle independant consignator, c’est-à-dire une sorte de médiateur de la république qui doit travailler au quotidien pour veiller au respect des libertés et des devoirs des citoyens. Il est au-dessus des partis parce que ça doit être une personnalité reconnue pour son intégrité. Elle doit être nommée sur la base d’une candidature présentée par le président du conseil régional et le représentant de l’Etat dans ces régions-là.

Et à propos de ce représentant de l’Etat, le gouverneur qu’est-ce qu’il devient finalement ? Il va inaugurer les chrysanthèmes ?

Il ne va inaugurer les chrysanthèmes. Le maintien de l’ordre public est très nécessaire. La tranquillité, la salubrité, sécurité, le cryptique de l’ordre public est important pour un gouverneur de région et pour un préfet de département. Si ces autorités ne sont pas là, alors on va assister au désordre.

 

 

Vous voyez, on dit que c’est le même marteau qui frappe, mais on a seulement raccourci le manche, ça c’est une formule d’Odilon Barron. Le gouverneur, le préfet le sous-préfet sont des autorités administratives, c’est le président de la république qui agit dans ces localités-là à travers ces représentants mais on a seulement raccourci le manche.

C’est pour cela qu’on parle déconcentration par opposition à la décentralisation. Ces représentants du chef d’Etat dans les arrondissements, dans les départements et surtout pour ce qui est des gouverneurs dans les régions tiennent une place de choix.

Comment éviter ce qu’on pourra appeler des sortes de bras de fer qui pourraient survenir entre gouverneurs et présidents des régions par exemple ?
Des lois existent, il suffit d’appliquer les lois. Il faut que le représentant de l’Etat connaisse jusqu’où il peut aller, il suffit que le président du conseil régional ou alors le président de l’exécutif régional sache jusqu’où il peut aller. Ils vont travailler en étroite collaboration encore le représentant de l’Etat dans ces régions peut convoquer une session extraordinaire du conseil régional avec un ordre du jour bien déterminé.

 

 

Une session qui ne peut pas dépasser trois jours. Donc moi je conseille à tous les Camerounais de bien lire et relire le Code général des collectivités territoriales décentralisées. En lisant ce code tous les jours et en essayant de le comprendre, je suis sûr qu’ils vont passer aux actes de formation des conseillers régionaux et c’est important parce que c’est des textes à comprendre avant de mettre en application et nous sommes dans l’implémentation de ces conseils régionaux et on doit faire très attention. Il faut un personnel qualifié, il faut et nous avons déjà des représentants et je crois que chaque formation politique a dû choisir des représentants capables. Non seulement d’implémenter justement ces régions, mais de faire en sorte que le Code général des collectivités territoriales décentralisées soit bien appliqué sur le terrain.

S’il est bien appliqué sur le terrain, on n’aura pas ce problème que vous évoquez entre le gouverneur, représentant de l’Etat au niveau de la région et exécutif régional à la tête duquel se trouve un président du conseil régional.

 

 

Une dernière question professeur, alors la décentralisation on nous la présente comme étant véritablement la solution aux problèmes locaux ou de gouvernance locale dans nos différentes régions, vous y croyez véritablement ? Ou vous vous dites que quand on entrera véritablement dans la décentralisation après l’élection des conseils régionaux les régions vont véritablement décoller ?
De toute façon, c’est le souhait de tout le monde. Quand on dit que les deux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ont un statut spécial, je vous dis en quoi consiste cette spécificité ? Parce que, à côté des missions générales reconnues aux huit régions francophones, il y a d’autres missions spécifiques que ces régions doivent mettre en application pour le rayonnement de leurs localités en tenant compte de leur histoire et de leur spécificité.

Donc, c’était l’une des demandes sociales et politiques des manifestations de 1990. Et si on a inclus la décentralisation dans la constitution de 1996, ou encore dans ce qu’on appelle la loi constitutionnelle de 1996, c’était pour répondre aux demandes sociales et c’était l’une de meilleures réponses qui aujourd’hui a besoin d’être implémentée. Parce que, avec les élections régionales à vernir, on a trois défis à relever : le défi du développement local, le défi de la gouvernance au niveau local, le défi du renforcement de la démocratie au niveau local, mais surtout le défi du management.

En fait les textes sont là mais il faut les appliquer et il faut compter sur les hommes. Il y a transfert des compétences mais, il faut également le transfert des moyens appropriés les deux éléments entrent d’ailleurs dans la définition de la décentralisation de l’article 5 du Code général des collectivités territoriales décentralisées : transfert des compétences et des moyens appropriés par l’Etat aux collectivités territoriales décentralisées qui sont les communes et les régions. D’autres types de collectivités territoriales ne pouvant qu’être créées que par la loi.

 

Mais pour le moment, nous avons les communes et les régions. Et c’est parce que nous avons ces communes et ces régions, les régions sont appelées à relever ces défis-là. Il faudra recruter car, il y aura tout une fonction publique territoriale c’est-à-dire régionale. Pour cela, on devra recruter, procéder aux nominations à des postes de responsabilité jusqu’au poste de directeur.

Par décret du chef de l’Etat, on va nommer un secrétaire général de région, qui va gérer l’administration régionale au quotidien et qui sera le collaborateur numéro 1 du chef de l’exécutif régional qui est le président du conseil régional. C’est pour cela que, comme c’est celui-là qui sera nommé par décret du chef de l’Etat, on regardera certainement les profils, les CV pour procéder à de telles nominations de telle sorte que quand un secrétaire général de région arrive, qu’il joue son rôle non seulement dans l’administration quotidienne des régions, mais qu’il soit là pour donner des conseils aux conseillers régionaux par rapport à ce qu’ils doivent faire au niveau des régions. Je ne me souviens avoir pris part à la formation des maires en 2007 dans toutes les dix régions du Cameroun et tout récemment en 2013 après les élections législatives et municipales.

On a encore procédé à la formation des maires. Je me dis certainement qu’après les élections régionales du 06 décembre prochain, on devra également procéder à la formation, au renforcement des capacités parce que le capital humain est déterminant dans le processus de la décentralisation et plus précisément dans la mise en place des régions. Il faudra des ingénieurs, des administrateurs civils, des professeurs d’universités, des spécialistes de la décentralisation et des hauts cadres de l’administration publique camerounaise. Pour prendre une part à l’édification des politiques régionales, et ce sera formidable.

En effet, l’article 40 du Code général des collectivités territoriales décentralisées est révolutionnaire. Pourquoi ? Parce que, les politiques publiques peuvent être initiées par tout citoyen à la base.
Cette participation est consacrée par l’article 40 du Code général des collectivités territoriales décentralisées. Cela permet à chaque élite, à chaque citoyen de prendre une part effective à l’élaboration et à la mise en application des politiques publiques dans les régions.

Donc les élites, les gens bien formés vont jouer un rôle assez déterminant à ce niveau-là. Et quand on dit qu’on va créer au niveau des régions, c’est-à-dire, les exécutifs régionaux vont créer eux-mêmes les lycées et collèges et procéder au recrutement des enseignants.

Voilà une mission des régions. Il ne devra plus attendre le ministre des enseignements secondaires dans la création de lycées et collèges ou encore dans le recrutement du personnel enseignant. À ce moment-là, il faudra un personnel qualifié pour travailler dans l’administration quotidienne des régions.

Les conseillers régionaux sont des hommes politiques, se sont de décideurs, mais à côté, il y aura une administration, c’est ce que j’appelle une fonction publique territoriale et locale. D’ailleurs, je crois qu’il y a une école de formation du personnel des collectivités territoriales décentralisées le chef de l’Etat a nommé un directeur général et un président du conseil d’administration à Buea, la NSLA. C’est là où cette école pourra jouer un rôle déterminant.

Une transcription de  La Rédaction de  La Voix Des Décideurs

Source: CRTV

 

 

 

 

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