Concours administratifs au Cameroun :  La marginalisation des candidats originaires de la région de l’Est

La décision du Ministre de la Fonction Publique camerounaise Garga Haman Adji datant du 20 avril 1992 et portant application de l’article 55 du décret du 25 juin 1990 relatif aux quotas des places réservés aux concours administratifs, consacre une inégalité en direction des concourants originaires de la région de l’Est.

 

 

 

[Afrique54.net] –  « La région de l’Est Cameroun est l’enfant pauvre des régimes Ahidjo et Biya », n’a cesse de marteler Chantal Roger Tuile, originaire de cette partie du Cameroun. Comme lui, de nombreux fils et filles de cette partie du Cameroun ont du mal à se sentir considérés comme des Camerounais a part entière, lorsque l’on évoque cette modalité du management axée sur l’équilibre régionale.

La récente actualité liée a la publication des résultats au concours de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), laquelle a rencontré une vive contestation auprès du mouvement 11 millions de nordistes, pose un certain nombre de question. Pourquoi la région de l’Est qui ne bénéficie que de 4% lors des concours administratifs au Cameroun ne revendique t’elle ? Cette région est-elle toujours aussi dépourvue de diplômés ? N’est il pas temps de réviser ces quotas devenus obsolètes ? Une analyse que notre journal a bien voulu mener sur cette nouvelle actualité des résultats a l’Enam.

 

 

L’origine des quotas

L’idée au départ, après les années d’indépendance était d’instituer une sorte d’équilibre entre ressortissants de différentes régions, en lice aux concours administratifs donnant accès aux grandes écoles, était sans aucun doute louable. D’autant plus que le pays comptait pas plus de 6 régions, pour moins d’une dizaine d’écoles.

 

 

Consécutivement à l’éclatement successif des circonscriptions administratives du Centre-sud et du Nord, d’abord le 22 aout 1983, ensuite en 1990, l’on a assisté à une nouvelle configuration. Qui reposait sur les zones d’éducation prioritaire, du fait du taux élevé de sous-scolarisés, il était quasi impossible de trouver une masse considérable de diplômés.

L’inégalité consacrée

Conséquence, il fallait donc ouvrir les portes de l’administration à une infine poignée de ressortissants issus de ces zones à faible diplômés. La réflexion va évoluer, avec en toile de fond l’idée de faire la promotion des ressortissants des régions autre fois lésées. C’est donc ainsi que la grande région du grand Nord éclatée en 03 régions, sous l’égide du ministre de la fonction publique Garga Haman Adji, va tirer son épingle du jeu et contrôler à elle seule 30% de la répartition des quotas. Conformément à ces mutations, la nouvelle répartition se présentera comme suit Adamaoua 5%, Centre 15%, Est 4%, Extrême-nord 18%, Littoral 12%, Nord 7%, Nord-ouest 12%, Ouest 13%, Sud 5%, et Sud-ouest 8%.

La grande entourloupe

La grande interrogation qui devrait guider tout camerounais soucieux de l’avenir du pays en ce 21ème siècle est de savoir sur quoi repose cette répartition actuelle des quotas? Qu’est ce qui expliquerait une telle discrimination, à l’ère de décentralisation? Si le potentiel du sous-sol de la région de l’Est Cameroun ne fait plus aucun doute, il est tout à fait légitime de s’interroger sur l’absence d’un nombre élevé de ses fils et filles au sein de l’appareil étatique.

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Plus étonnant, malgré l’énorme potentiel sus évoqué, le secteur minier ne contribue encore que très faiblement à l’économie de cette région ou presque tout est à construire. S’il faut noter que le Cameroun produit et exporte de l’or et du diamant, le secteur minier n’a contribué qu’à hauteur de 0,11% au PIB, 0,01% à l’exportation et 0,21% à l’emploi. Malgré tout cet énorme potentiel, la région de l’Est rumine ses maux en silence.

 

 

Le poids du système colonial

Diviser pour mieux régner, aura été la méthode utilisée par l’administration coloniale pour fragiliser les chefferies traditionnelles. Cette méthode, suffisamment connue et bien répandue dans les sociétés contemporaines, avait déstabilisé des groupements hétérogènes qui vivaient en parfaite cohésion, malgré leurs divergences tribales, du fait des migrations naturelles.

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On le voit bien, l’intérêt de l’administration coloniale pour les tribus avait procédé de la volonté de diviser et d’asseoir le pouvoir sur cette base. Cette méthode a survécu de la colonisation à nos jours. Et procède de la volonté du pouvoir en place de contrôler l’émergence de l’élite gouvernante au sein des différentes  communautés.  Elle témoigne de la difficulté actuelle de mettre en œuvre des institutions communales autonomes sur la base des structures traditionnelles.

Une réflexion qui laisse songeur sur l’indolence des populations de la région de l’Est. Qui a la différence de bon nombre, aurait de bonnes raisons de réclamer le développement de sa zone, l’épanouissement de ses fils, et l’exigence de la revalorisation des quotas d’accès au concours administratifs a l’endroit de ses fils.

 

© Afrique54.net   Thierry EBA

 

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