Chronique de Calvin Djouari : Le Cameroun et la double nationalité, il faut encore engager le débat !

 

 

L’idée d’un avant-projet de loi sur la double nationalité est bien accueillie par la majorité des Camerounais et au Cameroun dans l’idéal qui inspire tout pays moderne dans son organisation interne. En décidant de mettre cette question à l’ordre du jour, le pays pourra  mettre fin aux revendications incessantes de sa diaspora victime d’une philosophie d’exclusion depuis les indépendances et dans les différentes constitutions adoptées au cours de sa vie politique. Une telle décision,  historique, mettra fin à coup sûr à toute forme de discrimination et permettra à des nombreux compatriotes de retourner dans leur pays comme ils désiraient et de pouvoir s’investir pour le développement sans tracasseries.

Cette réforme est d’autant plus importante que des nombreux Camerounais d’origine trouveront dans la double nationalité le goût et la capacité d’être responsables dans un monde qui aspire à la diversité.

Cette réforme est d’autant plus importante que des nombreux Camerounais d’origine trouveront dans la double nationalité le goût et la capacité d’être responsables dans un monde qui aspire à la diversité. Notre pays n’a guère de choix, c’est une opportunité pour nos compatriotes vivant à l’étranger de jouir d’un droit qui leur fait obstacle et de s’épanouir dans le monde des affaires. Il faut d’ailleurs préciser que cette double nationalité tant réclamée, n’a jamais empêché un Camerounais à faire ce qu’il veut dans son pays ; il y a toujours eu les moyens de contourner les lois. Combien de Camerounais vivant à l’extérieur et possédant une nationalité étrangère, ont construit des maisons et créé des entreprises au Cameroun avec des identités camerounaises. On a l’impression qu’elle existe depuis de façon tacite.

Cette disposition tant recherchée ne sera qu’une vantardise des membres de la diaspora qui refusent de contribuer pour 100 euros aux efforts de leur pays. Quand on voit combien les gens sont  à mesure de miser pour obtenir la nationalité européenne, et qu’ils crient chaque fois qu’on réclame  100 euros pour l’entretien de l’ambassade de leur pays, ce qui n’est rien d’autre que la manifestation de leur mauvaise foi.

Toutefois nous entrerons dans un système qui n’écrase plus les individus ; mais ce ne sera pas encore un projet de loi classique parce qu’il y a des insuffisances sur les questions d’origine tel que la société camerounaise l’a rêvée. Je l’évoque parce qu’elle n’aborde pas les questions des origines à fond. Il y a des parents étrangers descendants des esclaves qui peuvent toujours prouver par l’histoire son origine camerounaise s’ils ont accès aux archives des pays colonisateurs.

 

 

Par ailleurs, ce projet  ne  prévoit pas assez, les conséquences qu’entraine la possession ou non de la nationalité camerounaise pour ceux qui réintègrent. S’il faut s’attarder un peu sur la notion de nationalité, on dira que la nationalité est le lien juridique qui unit un individu à un État. Elle conditionne en quelque sorte l’existence d’un État. La population est l’un des éléments constitutifs de cet État, au même titre que le territoire et le gouvernement. Ce projet dans son essence, traite de la nationalité camerounaise, fixe les conditions de son acquisition et on devra vérifier s’il est conforme à la constitution.

Il devrait prendre en compte exclusivement l’intérêt national. On sait d’aventure que si un Camerounais est naturalisé Américain, Canadien, Français ou Anglais ; il est Américain, Canadien, Français ou Anglais. En d’autres termes, il est étranger. Il n’est plus juridiquement Camerounais, maintenant s’il veut réintégrer la communauté nationale camerounaise, il devra apporter les éléments civils qui lui donnent droit à la nationalité camerounaise.

Aussi, au terme de cet « avant-projet », la nationalité camerounaise est attribuée par la filiation et par la naturalisation. La question ainsi posée, aura donc la double nationalité,  tout individu né d’un père ou d’une mère camerounaise qui eux-mêmes sont nés camerounais et n’avaient jamais été déchus de leur nationalité au moment de leur naissance ou après. Une chose est certaine, la double nationalité va favoriser le développement de chaque personnalité, elle va  répondre aux aspirations profondes des membres de la diaspora, pourquoi pas aussi, ces personnes d’origines lointaines qui portent en elles l’histoire, la culture et les valeurs camerounaises ?

 

Comme nous l’avons mentionné plus haut, on n’a pas expliqué à fond la notion d’origine. Qu’on ne soit pas surpris de voir la population camerounaise doubler d’ici 5 ans dans la mesure où les origines camerounaises vont se multiplier au niveau de nos voisinages qui ont la préférence des passeports camerounais. Avant tout, une telle question mérite d’être étudiée sereinement et techniquement en considérant toutes les implications de l’adoption de la double nationalité. La réforme constitutionnelle que nous avions souhaitée depuis très longtemps dans nos écrits et dans nos enseignements et qui dépasse ce seul aspect ne doit pas se réaliser dans la précipitation et l’émotion si c’est cela qui est en cours.

 

 

 

Il faudrait engager un débat.

Il ne doit y avoir d’obstacle à l’acquisition de la nationalité camerounaise, on le sait,  mais il faut désormais que cette nationalité se mérite. A quoi bon de donner la nationalité camerounaise à une personne qui a porté les armes contre sa patrie et qui de l’étranger cherche sa déstabilisation ? Ceux par exemple qui prônent le génocide d’une tribu ne méritent pas la nationalité camerounaise parce qu’ils se sont rendus indignes. Y compris ceux qui ont volé de l’argent et se sont couverts d’une autre nationalité quand les choses se compliquaient à leur endroit. Il faudrait engager un débat. Les années à venir vont être marquées par les hommes politiques issus de la diaspora parce qu’ils sont des beaux mannequins qui retournent chez les autochtones se faire apprécier dans leur allure extravagante.

 

« Il faut encadrer la réintégration des nationaux pour ne pas subir les diktats de ces personnes ignobles et sans vergognes »

 

Il faut compléter les limites de cette loi, parce qu’elle ne parle pas suffisamment les questions de déchéances, et d’indignité. On verra l’émergence des forces hostiles, l’arrivée et le retour massifs des ennemis de la Nation sur la terre chérie. Il faut encadrer la réintégration des nationaux pour ne pas subir les diktats de ces personnes ignobles et sans vergognes. La déchéance ne concerne pas seulement les étrangers : article 106 a) la personne étrangère qui a acquis la nationalité camerounaise peut, par décret du président de la république être déchu de cette qualité. b) si elle a commis des actes préjudiciables aux intérêts de l’état camerounais.

 

Il faut ajouter dans ce projet un article qui qualifie certaines personnes d’indigne pour réintégrer la communauté camerounaise. Les Camerounais qui dans l’obscurité financent les rebellions. Ceux qui salissent l’image du Cameroun à l’extérieur, ou ceux qui piétinent les emblèmes des institutions du pays. Et pourquoi ne pas déchoir certains Camerounais vivant à l’étranger qui, par leurs attitudes répulsives, triviales, destructrices, et infâmes ne peuvent plus prétendre accéder à la double nationalité. Il faut interdire de manière expresse et non équivoque la double nationalité à certains individus. L’avenir d’un pays est plus important que l’apparence flatteuse qu’on veut donner à notre système.

 

© Afrique54.com Calvin Djouari

Ecrivain camerounais

 

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