Afrique : Les universitaires à l’assaut du pouvoir politique

Les enseignants des universités africaines semblent avoir un goût de plus en plus poussé pour le pouvoir politique. Qu’ils soient du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest le perchoir de leurs Etats devient pour ces intellectuels une manne à saisir à tout prix.

Les universitaires africains se ruent au fil du temps vers le pouvoir politique. Que se soient ceux déjà au pouvoir, ceux qui y accèdent nouvellement ou encore ceux de l’opposition. Se hisser au sommet de leur Etat est devenu leur nouveau dada au détriment des amphithéâtres. Les événements ayant cours dans le continent ces derniers temps le démontrent à suffisance.
La Guinée Conakry a depuis le 7 novembre 2010 à sa tête Alpha Condé Docteur d’Etat en droit à l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne. Enseignant chargé de cours à la Faculté de Droit et Sciences Economiques de Paris I Panthéon Sorbonne qui avait déserté les amphis pour s’agripper à la présidence de son pays et qui continue à s’y maintenir par le truchement des manipulations constitutionnelles ceci allant contre le gré de ses populations à en croire l’actualité du pays.
Faustin Archange Touadera, Docteur en mathématique en France et au Cameroun deviendra, après une longue carrière académique, recteur à l’université de Bangui qu’il va aussi abandonner pour le fauteuil présidentiel en République Centrafricaine.
Le 13 octobre dernier, c’est un autre universitaire qui arrive au pouvoir en Tunisie. Jusqu’en 2018, Kais Saied était enseignant à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Tunis. L’homme surnommé « robot cop » à cause de sa diction abandonne à son tour les amphithéâtres pour le firmament politique.

Maurice Kamto, un éminent Professeur de droit que réclamant encore les universités camerounaises et du monde s’est lui aussi lancé dans cette folie de la soif du pouvoir. Après avoir servi dans les hautes sphères de l’administration camerounaise qu’il abandonne en 2011 pour l’opposition, il va s’autofinancera vainqueur de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 au Cameroun. Suite à un recours qui n’a pas prospéré devant le Conseil Constitutionnel, il sera arrêté le 28 janvier 2019 pour plusieurs chefs d’accusation parmi lesquels l’« incitation à l’insurrection » avec ses associés. L’éminent intellectuel bénéficie le 05 octobre 2019 d’une grâce du Président Paul Biya qui ordonne la suspension des poursuites judiciaires contre les membres de son parti le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). C’est par cet acte de générosité du président Camerounais que l’intellectuel, devenu homme politique, va retrouver sa liberté.

Connaissances et aura au service du pouvoir politique
La plus part de ces intellectuels sont des économistes, des juristes, des politologues. Leur mansuétude dans ces domaines de la vie publique à tendance à les pousser de la théorie vers la pratique. Or, « ce n’est pas parce qu’on est un super intello qu’on peut être un super politicien » nous fait savoir un homme politique camerounais. Certains critiques ont tendance à se demander si la politique africaine était passée de la vocation à un métier. La question est d’autant préoccupante que les faits en disent davantage.

Alpha Condé ayant déserté les amphithéâtres, s’est accroché au perchoir de son pays au point d’en faire un tout indissociable faisant ainsi la sourde oreille aux rififis de la population guinéenne. L’acharnement que Maurice Kamto exerce sur le pouvoir de Yaoundé fait transparaître selon les faits récents qu’il serait capable d’y laisser sa vie.

Bien qu’étant arrivée au pouvoir par des voies légales, la détermination et la fermeté avec laquelle Kais Saied exprime sa vision politique en Tunisie, laisse croire qu’il serait prêt à tout donner pour y parvenir.

L’influence que ces hommes exercent sur leur population est sans doute leur qualité de bon orateur capable de peindre en blanc là où tout le monde voit du noir. Ils sont des leaders d’opinion dans des universités. Les populations voient en eux des hommes capables d’apporter des solutions à leurs « turpitudes ».

Cassure du mythe de l’enseignant
Pour les étudiants comme pour tout apprenant, l’enseignant est un modèle. Dès lors qu’il devient un tyran ou un révolutionnaire, il peut perdre sa face. Les étudiants qui rêvaient rencontré tel ou tel enseignant n’ont plus l’occasion dès lors que celui-ci a « changé de métier » comme ils ont coutume de dire. Du coup c’est la qualité de la connaissance qui prend un coup car comme le dit si bien un proverbe africain « les vieilles marmites font de bonnes sauces ». C’est aussi les universités qui se vident de leur matière grise au profit de la politique où ils sont parfois perdus.

 

 Par Martin Ngané l Afrique-54.com l Afrique

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