Lumière sur… la communication des établissements publics d’enseignement supérieur sénégalais avec Yacine Diagne Kane , Directrice de la Communication de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Comment définiriez-vous la communication publique par rapport à la communication politique ? Quels sont les enjeux et les cibles de communication de l’UCAD ? 

Yacine Diagne Kane (YDK) : La communication publique et institutionnelle est très différente de la communication politique. Si l’on se réfère à des classifications communément admises, la communication publique est une communication politique au sens premier, étymologique du terme, c’est-à-dire au sens de gouvernement et administration de la cité.

Mais, le premier devoir d’une institution publique comme l’Université Cheikh Anta Diop, c’est d’informer tous les acteurs qui composent l’institution à savoir les étudiants, le personnel enseignants, le personnel technique et administratif, les syndicats et les amicales légalement constituées. Cependant, il ne faut pas se limiter à ces seuls acteurs car l’université est un bien public commun, cela veut dire qu’il faut également impliquer les citoyens ordinaires dans la communication, leur faire comprendre les situations, les problèmes et les décisions.

L’UCAD fait des efforts énormes depuis quelques années sur le plan de la communication. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’une directrice de la communication a été nommée et une équipe désignée pour dérouler les actions de communication de l’institution. Ce besoin d’informer, de renseigner et de ne pas dissimuler ni la vérité, ni les difficultés, fait qu’en dehors de la chargée de communication du Rectorat, le recteur de l’UCAD, le Professeur Ibrahima Thioub a misé sur une équipe de communication de l’UCAD qui prend en charge toutes les institutions de l’Université et essaye d’impliquer tous les acteurs. Cette communication est encore timide car les acteurs pour qui nous communiquons ont souvent tendance à confondre les rôles et pensent que la communication peut régler tous les problèmes par un coup de baguette magique, mais nous y travaillons.

Les universités publiques africaines n’attirent plus les étudiants. Elles se vident de plus en plus au profit des institutions privées. Comment cela s’explique-t-il à votre avis ?

 Les universités africaines ne se vident pas, le problème qui se pose à elles est le manque de place pour contenir les effectifs.

Les universités africaines ne se vident pas, le problème qui se pose à elles est le manque de place pour contenir les effectifs. Le nombre de bacheliers a augmenté, pour l’année 2017 – 2018, l’UCAD a enregistré presque 80 000 inscrits. N’oubliez pas que pratiquement toutes ces universités ont été créées avant ou au moment des indépendances. Les structures d’accueil ont été mises en place pour un effectif limité et des filières bien définies.

De nouveaux métiers ont fait leur apparition dans l’espace public et le marché de l’emploi. De ce fait, les structures ne sont plus suffisamment adaptées à la demande, ni au marché de l’emploi. C’est le système d’enseignement qu’il faut revoir en proposant de nouvelles filières beaucoup plus professionnelles et plus attractives.

C’est pour cette raison que l’UCAD communique sur les propositions de formation via le bureau d’information et d’orientation de l’UCAD, la plateforme orientation.campusen.sn, le site de l’université, des supports de communication tels que des dépliants, les réseaux sociaux, les médias sociaux et les campagnes de sensibilisation que nous allons débuter bientôt auprès des lycées et collègues afin de mieux informer les futurs étudiants sur les offres de formation surtout par rapport aux nouvelles filières.

Quand on est un établissement public d’enseignement supérieur, comment exister face à la concurrence ?

Les établissements publics tel que l’UCAD n’ont pas de concurrents car, pour être dans la concurrence, il faut d’abord avoir les mêmes statuts, les mêmes capacités d’accueil et les mêmes offres de formation, tel n’est pas le cas, car l’Université Cheikh Anta Diop continue à former les meilleurs étudiants avec des enseignants très compétents.

Par exemple, en mai 2018 des étudiants de l’ESP (École Supérieur Polytechnique) ont remporté le concours d’innovation Ericsson devant l’Université de Stanford aux États-Unis, l’université de Tongji en Chine et l’Indian Institute of Technology en Inde. Ce concours regroupait 1444 équipes universitaires représentants 107 pays sur la problématique : « Comment valider et partager la vérité à l’ère des Technologies de l’information et de la communication ? ».

Autre exemple : le prix africain du Fact-Cheking vient d’être remporté pour la deuxième année consécutive par un étudiant du CESTI (Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information), Moussa Ngom.

L’UCAD dispose également des meilleurs enseignants. Le Professeur Macoura Gadji de la Faculté de Médecine, Pharmacie et Odontologie a par exemple remporté le prix André Gouaze au 19e concours d’agrégation de médecine humaine, pharmacie, odontostomatologie, médecine vétérinaire et productions animales qui s’est tenu à Libreville en novembre 2018.

Une partie des fonds de l’UCAD vient-elle des dons et des partenariats avec des structures privées ? Comment faites-vous pour les inciter à donner ?

L’UCAD est une université publique donc ses ressources budgétaires sont allouées par l’État qui est son principal bailleur. Mais l’UCAD doit garantir la qualité de son enseignement, de la recherche et un bon cadre de vie pour l’ensemble de la communauté universitaire et son budget ne lui permet pas de répondre à ces exigences pour le renforcement de sa mission de service public.

De ce fait, l’UCAD doit diversifier ses ressources financières grâce à la contribution d’autres acteurs publics et privés (collectivité territoriales, bailleurs de fonds, partenaires au développement, entreprises, etc.) d’où la création de la Fondation UCAD qui est au centre de cette stratégie financière. La politique de la Fondation UCAD est de développer un sentiment d’appartenance à l’institution afin de constituer un réseau de solidarité dynamique pour le financement de ses activités pour la réussite de l’ensemble de ses acteurs et de ses projets.

Quels sont les outils de communication interne et externe de l’UCAD ?

Un plan d’actualisation stratégique de la communication de l’UCAD (2018 – 2022) a été élaboré et engagé en mars 2018 avec l’appui financier et technique du Contrat de Performance et du Recteur, le Professeur Ibrahima Thioub.

De ce fait, la Direction de la communication de l’UCAD avait organisé un atelier de concertation auquel ont activement participé des représentants des différents acteurs de l’UCAD, des représentants des médias et des représentants de la société civile pour définir les attentes et les besoins en matière de communication interne et externe qui est une de ses priorités. Cet atelier qui avait pour thème « UCAD : pour une université du XXIe siècle proche de ses étudiants, son personnel et des citoyens », a abouti sur la nécessité de mise en place d’actions très prioritaires là où les faiblesses en matière de communication sont les plus importantes par leur ampleur ou les plus dommageables par les effets défavorables qu’elles induisent sur l’ensemble de l’institution (UCAD).

Cet atelier nous a également permis de mettre en place un PAP (Plan d’Action Prioritaire) triennal glissant pour faire au déficit de communication interne et externe. Ce déficit traduisait une certaine difficulté des acteurs à s’approprier les stratégies de communication, à les intégrer dans un cadre d’ensemble et à leur assurer un pilotage apte à stimuler et soutenir dans la durée les efforts importants que de telles stratégies exigent. Ce plan d’action triennal a suivi une démarche participative avec l’identification préalable des principales forces et faiblesses de la communication de l’UCAD, suivi des diagnostics et des opportunités. Cet état des forces et des faiblesses a fait apparaître un besoin de mise en place d’axes stratégiques vastes qui n’épargnent aucun domaine de la communication de l’UCAD.

Dans le présent plan d’action de communication, la Direction de la communication de l’UCAD compte s’adjoindre un groupe d’enseignants et d’étudiants pour créer, en interne et en externe, ses propres outils de diffusion. Forte de ses centres de communication et de leur expertise, dans le cadre de leur formation, les étudiants peuvent conduire un projet autour d’actions de communication pour l’UCAD. En début d’année universitaire, il conviendrait de proposer des ateliers hebdomadaires liés au renforcement de la communication sur le Campus à destination des nouveaux étudiants notamment. Ils serviraient à créer des évènements dans l’année universitaire et à diffuser l’information de manière efficace.

Quelles sont les actions de communication numérique mises en oeuvre par l’UCAD pour communiquer avec ses acteurs ?

Dans le PAP (Plan d’Action Prioritaire), il y a un axe stratégique sur l’intégration et l’appropriation des dispositifs numériques dans la communication de l’UCAD. Il s’agit de rendre systématique l’usage des adresses emails institutionnelles, de développer des sites institutionnels de qualité, de généraliser l’usage des outils de communication par les TIC, d’élargir les cibles de la communication par des outils et des dispositifs TIC innovants, et de mettre en place une politique coordonnée d’archivage numérique.

Dans cet axe, la Direction de la communication compte renforcer la présence de l’UCAD sur les réseaux sociaux et dans les médias sociaux, créer des portails d’information (revues en ligne, etc.), organiser l’archivage numérique à l’UCAD et créer un centre d’archivage numérique commun à l’UCAD. Nous avons développé un dispositif de streaming (diffusion en direct) pour informer et communiquer de manière efficace avec la communauté universitaire.

Nous allons également mettre à la disposition des établissements et du rectorat une plateforme d’envoi de SMS pour informer en temps réel les acteurs.

Actuellement, nous utilisons beaucoup Youtube, Yammer, Twiter et Facebook pour la diffusion des activités universitaires.

De plus, la DISI (Direction de l’Informatique et des Systèmes d’Information) a créé une plateforme qui permet aux étudiants, aux PER et aux PATS de se former sans contraintes de temps et de lieu. Cette innovation méthodologique qui consiste à enseigner par les TIC permet une meilleure intégration des nouvelles technologies dans les enseignements au niveau de l’UCAD. L’usage de ces nouvelles technologies renforce les espaces de communication de l’UCAD tels que le Journal de l’UCAD et la Radio UCAD qui va bientôt démarrer ses programmes.

En quoi consiste concrètement votre fonction de dircom dans un établissement supérieur public comme l’UCAD ?

Mon rôle en tant que Directrice de la communication de l’UCAD consiste à bien définir les besoins de tous les acteurs de l’UCAD à court, moyen et long terme pour chaque projet de communication. L’évaluation des besoins aide la Direction de la communication à décrypter les imaginaires, à déterminer la procédure la plus adaptée et à mettre en place une stratégie efficace afin de permettre à l’UCAD de répondre sur ses choix et ses actes devant la communauté universitaire et les citoyens d’une manière générale. Il s’agit de faire comprendre à chacun comment fonctionne l’institution et à quoi elle sert réellement en rendant l’information prioritaire.

Comment envisagez-vous la communication des établissements supérieurs publics sénégalais et africains dans les prochaines années ?

Dans la communication publique, tout enjeu doit être communiqué. Il faudra comprendre mais aussi adhérer au projet pour en supporter les inconvénients. Cela veut dire, dès l’amont, écouter autant que dire, du réseau social aux réunions projets ou de concertations innovantes. En ce qui concerne l’UCAD, il s’agit de valoriser et expliquer les rôles de l’institution, de servir l’intérêt général, d’assurer l’information nécessaire au fonctionnement de l’université et de rendre lisibles et visibles ses actions, ses réalisations et ses projets. Cette action de communication se fait sur la base du partage de l’information et des connaissances dans une démarche participative. La communication au sein de l’UCAD est un élément important qui permet la mise en proximité de toute la communauté universitaire.

Interview réalisée en janvier 2019 par Idiatou Diallo, Tairu Kaberu et Cyrille Bertrand Mbangue (3 anciens participants du projet « La Route de la Com« ).

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