Crise dite anglophone : La voix du gouvernement camerounais raisonne aux confins du vide

Les nombreuses sorties du pouvoir de Yaoundé semblent ne rien changer dans la situation de crise que traverse le pays.

 

Acculé de tous les côtés, le pouvoir de Yaoundé se trouve à en croire plusieurs observateurs de la scène politique camerounaise, dos au mur. Cela est d’autant plus vrai, que les récentes prises de parole des différents membres du gouvernement rassurent peu l’opinion. Tant les diverses synchronies laissent apparaître de manière ostentatoire, les fragilités d’une équipe en panne d’inspiration et même d’imagination. Les quatre leviers sur lesquels le régime en place à toujours surfer afin de contourner tous les obstacles, que sont le terrain politique, la ressource humaine, l’espace diplomatique, et la communication, semblent ne plus prospérer.

Des dissidents pas encore convaincus

Sur le plan politique, la batterie de mesures tardives prises pour enrayer cette crise dite anglophone, n’a pas dissipé toute idée de sécession chez quelques Camerounais radicalisés d’expression anglaise à côté de la multiplication des appels au fédéralisme sur la toile. Pourtant l’idée au départ, d’une Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme, dans un pays qui compte un peu plus de 200 ethnies, était la bienvenue. Malheureusement, après l’échec d’un dialogue franc et l’enlisement de cette crise fratricide, nul doute que les efforts du pouvoir de Yaoundé, au travers de ce Plan d’assistance humanitaire d’urgence, bien qu’avec une enveloppe de près de 13 Milliards, ne pouvaient plus convaincre ces dissidents. Encore moins ce comité national de désarmement, alors même que la partie d’en face s’était d’ores et déjà radicalisé. Des mesures peut-être salutaires, qui auraient eu le mérite d’anticiper et de ne point tomber dans des oreilles de sourds. Quid du choix des hommes !

Mêmes familles aux affaires

S’il y ait un élément qui ne puisse passer inaperçu pour qui a une claire connaissance de l’histoire politique du Cameroun, durant les 36 ans de règne du Président Paul Biya, c’est bien que depuis les indépendances, ce sont les mêmes familles qui sont aux affaires. Des familles qui parlent depuis plusieurs décennies, au nom et pour le peuple camerounais, sans que le bas peuple  ne voit sa situation véritablement changer. Dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest actuellement en crise, c’est quasiment les mêmes familles, pointées du doigt d’avoir mal négocié l’accession à l’indépendance ainsi que la réunification du pays, qui ont voix de cité. Des hommes donc, qui semblent ne plus avoir la légitimité, encore moins l’assentiment du peuple. Qui tirent donc, leur position au sein de l’appareil étatique du décret du prince, quand bien même ces derniers seraient contestés au niveau de leur base. Une situation qui a crispé l’élite gouvernante au niveau national, et remis sur la table, l’épineuse question du choix des hommes qui accompagnent le Président de la République, et par ricochet qui incarne l’image du pays.

Le Cameroun est une République évoluant dans le concert des nations. C’est un État, jaloux de son indépendance et garant de ses institutions. Aux rangs desquels sa diplomatie, qui semble avoir perdu pied au niveau des relations internationales. L’on est frappé de voir cette dernière décennie le nombre de rapports des organismes étrangers, de prises de position de puissances étrangères incriminant le Cameroun sur tel ou tel axe de vie en société. S’il est vrai qu’il ne doit y avoir aucune ingérence dans les affaires intérieures, il n’en demeure pas moins que le pays doit soigner son image en observant les accords et traités internationaux auquel il est parti. Les récents actes de vandalisme orchestrés sur certaines représentations diplomatiques du pays, n’ont fait que ternir l’image que l’on se fait du Cameroun à l’étranger.

À côté de tout cela, les récentes prises de parole publiques du Premier ministre, chef du gouvernement, lors de son périple dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, du ministre de l’Administration territoriale, de ses homologues de la Communication ou des Relations extérieures semblent clairement porter aux confins du vide la parole du gouvernement. Tant elles se contredisent, lorsqu’elles ne cadrent pas avec la réalité des faits sur le terrain, pire ne sont jamais suivies dans les faits. Quid de l’accélération de la décentralisation, demeurée un vœu pieux du Chef de l’Etat camerounais.

Autant de prises de parole qui ont fait monter l’escalade verbale observée dans les réseaux sociaux où tout citoyen, est désormais accusé, procureur, avocat et juge en même temps. A se demander finalement qui parle au nom du Cameroun et pour quel but. Tant les sons de cloches ces derniers temps, sont discordants, que l’on se refuse de croire que le bateau a depuis perdu son capitaine.

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