L’Ambassadeur de Turquie au Cameroun parle des enjeux de la tournée africaine de Recep Tayyip Erdoğa

En revenant  sur les enjeux de la tournée africaine du président Recep Tayyip Erdoğa dans une interview accordée au magazine radiophonique “Made in Cameroon “, le successeur  Omer FARUK DOGAN se prononce sur les difficultés dans la coopération commerciale  entre la Turquie et le Cameroun et dévoile les perspectives de la coopération entre la Turquie et l’Afrique.

 

 

 

Excellence merci pour votre disponibilité de répondre aux questions du magazine radiophonique du MINCOMMERCE « Made in Cameroon ». Quelle appréciation faites-vous de la tournée effectuée récemment par le Président turc en Afrique?

Je voudrai commencer par adresser mes salutations fraternelles à nos frères et sœurs qui nous écoutent au Cameroun. Le Président Erdoğan a un fort attachement à l’Afrique. Depuis le début de son mandat en 2014 il a visité 19 pays africains en total. Dernièrement il a effectué des visites officielles en Algérie, au Mali, en Mauritanie et au Sénégal entre le 27 février et le 2 mars 2018.

Ces visites font partie de notre vision africaine. Elles démontrent l’engagement fort pris par la Turquie vis-à-vis de ses partenaires africains. Le Président Erdoğan, pendant qu’il était notre Premier Ministre à l’époque, a été le tout premier leader mondial qui s’est rendu à Mogadiscio en 2011 lors de la grande sécheresse subite par la Somalie. La Turquie a, par après, offert près de 700 millions de dollars pour l’amélioration des infrastructures dans ce pays, y compris l’aéroport de Mogadiscio, ce qui a permis d’intégrer la Somalie au monde extérieur.

Quelles sont les perspectives de coopération ?
Ambassadeur : Pendant son dernier périple africain le Président Erdoğan s’est entretenu avec ses homologues sur les dossiers bilatéraux ainsi que les développements internationaux. Plusieurs accords ont été signés dans les domaines des transports, de la santé, du commerce, de l’éducation, les technologies de l’information et de la communication, de l’énergie etc…

Ces tournées font partie de notre politique africaine conçue bien avant. Il y a presque deux décennies, la Turquie a commencé à s’incliner sur les dossiers africains, et à mieux connaitre le continent. Avant nous étions plutôt concentrés sur notre propre processus de développement. Depuis la fin de la Guerre froide, le succès économique connu par la Turquie nous a permis de découvrir des nouveaux horizons, parmi lesquels l’Afrique.

Est-ce sa stratégie de déploiement sur le continent ?
Nous avons commencé à mener une politique d’ouverture envers l’Afrique à partir des années 2000. En 2005 nous sommes devenus observateur à l’Union Africaine. Dans les politiques panafricaines il importe d’agir avec l’UA qui est une institution primordiale pour l’avenir du continent. La Turquie a été déclarée partenaire stratégique de l’UA en 2008 et en même année, le premier Sommet Turquie-Afrique a été organisé à İstanbul en Turquie. En 2010 la Turquie a adopté un document stratégique pour l’Afrique. C’est dans ce cadre qu’on a ouvert plusieurs Ambassades, y compris au Cameroun.

En même temps, nous avons changé notre politique d’ouverture en une politique de partenariat approfondi à partir de 2013. Le 2eme Sommet Turquie-Afrique a été organisé à Malabo en 2014 en Guinée équatoriale, où on a préparé un plan d’action pour le période 2015-2019 dans les secteurs de l’éducation, du commerce, des investissements, de la paix et sécurité, culture, des transferts des technologies. On est en train de concrétiser des projets en Afrique dans le cadre de ce plan. Le 3eme Sommet Turquie- Afrique est prévu en 2019 à Istanbul pour faire un bilan, l’état des lieux du plan d’action avec l’Union Africaine et déterminer des nouvelles cibles pour l’avenir.

Nous sommes passés de 12 Ambassades en Afrique à 40, qui sera augmenté à 50 à l’avenir. En 2017, le volume des échanges entre la Turquie et le continent a atteint 18.8 milliards de dollars. Turkish Airlines, qui est une composante de cette politique d’ouverture, a des vols réguliers à 51 destinations dans 33 pays africains, y compris Yaoundé et Douala au Cameroun. Notre agence de coopération TİKA possède des représentations dans 21 pays dont le Cameroun. En ce qui concerne les aides officielles, la Turquie est championne avec 6 milliards de dollars d’assistance offerte dans le monde.

Elle tend la main aux régions démunies dans les quatre coins du monde. Elle a offert des bourses LMD jusqu’ici à 8.768 étudiants africains. Chaque année, nous offrons une quarantaine de bourses aux étudiants du Cameroun et nous sommes prêts à augmenter ce chiffre selon la demande. Avec l’Union Africaine nous organisons des réunions en Turquie en invitant tous les représentants des pays de l’Afrique. En novembre 2016 le Forum économique Turquie-Afrique a eu lieu à İstanbul où le Cameroun a été représenté par une large délégation dirigée par le Ministre camerounais du Commerce, S.E.M. Luc Magloire Mbarga Atangana. En 2017, nous avons organisé plusieurs réunions Turquie-Afrique dans le domaine de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Je dois noter avec grand plaisir que le Cameroun a participé activement à ces évènements.

Quelle pourrait être la contribution de la Turquie pour la concrétisation du Programme de développement des infrastructures en Afrique-PIDA- de l’Union africaine ?
C’est la question principale qu’on pose en Afrique. Comment surmonter les questions de financements ? Il faut créer des circonstances nécessaires pour attirer le capital. Il y a des opérateurs économiques à grande échelle en Turquie qui peuvent apporter leurs ressources, dans le cadre du modèle PPP (partenariat public-privé). C’est plutôt pour les grands projets qui peuvent être appropriés conjointement par le gouvernement et les grands joueurs privés. Nous pourrons faire venir les investisseurs turcs si on crée les conditions encourageantes. İl faut aussi libéraliser davantage les marchés. Des monopoles existent toujours en Afrique. L’ère moderne exige un monde libéral d’affaires pour pouvoir trouver des nouvelles solutions aux anciens problèmes.

Comment rehausser le niveau des échanges avec les pays de la CEMAC ?
La région CEMAC est un important pivot pour le continent, ça relie l’Afrique de l’Ouest à celle de l’Est La Turquie a des plans pour augmenter sa présence dans la Région. Dans la période à venir, nous allons inaugurer nos Ambassades en Guinée Equatoriale et en RCA, ça va compléter le tableau et nous permettra de mieux comprendre les potentialités. Les défis rencontrés par les pays de la sous-région sont là, il n’y a pas de doute. Malgré les problèmes sécuritaires et économiques, l’Afrique centrale va démarrer très fort dès qu’on donne la compulsion nécessaire aux activités commerciales. Sans doute, le bijou de la région c’est le Cameroun, avec sa géographie stratégique, ses ressources, son peuple laborieux et bien éduqué. İl a tous les atouts pour continuer à jouer son rôle de leader.

Le Cameroun modernise ses ports et son réseau routier. Avec le progrès économique, ce sera plus facile de gérer les problèmes dans la sous-région car la prospérité facilite la résolution des différences. Les pays de la sous-région méritent un avenir meilleur. La Turquie croit fortement en l’avenir de la Région, continuera à œuvrer avec ses partenaires régionaux pour atteindre les buts définis par la Turquie et l’Union africaine, car il est important de combiner tous ces efforts avec le grand plan du continent.

Quelques difficultés dans la coopération commerciale avec le Cameroun ?
Notre interaction commerciale avec le Cameroun est en hausse et nous en sommes très contents. Nos deux peuples se connaissent mieux aussi au niveau de business. Les vols réguliers de Turkish Airlines à destination de la Turquie ont beaucoup facilité cette interaction.

La perception de la Turquie est bonne ici, les produits turcs sont préférés, la présence de la Turquie devient plus forte. Les entreprises dans les domaines BTP sont aussi présentes au Cameroun. Il y a des projets d’autoroutes, de cimenteries poursuivis par les entreprises turques. Le stadium de Japoma à Douala est le premier «méga projet» qui va être finalisé par une entreprise turque avec le financement de l’Eximbank turque. Ce sera un monument de l’amitié entre les deux pays, qui ouvrira des nouveaux horizons pour notre coopération. Nous constatons avec un grand plaisir que les autorités camerounaises ont déjà une perception très positive vis-à-vis de nos entreprises.

Avec l’achèvement de ce projet nous espérons qu’il y aura plus d’opérateurs économiques turcs qui s’intéresseront au Cameroun. Les turcs sont laborieux, fiables, prêts à travailler ensemble, partager leurs connaissances pour le bonheur du Cameroun dans un cadre «gagnant-gagnant». Le volume d’échanges ne reflète toujours pas les potentialités, mais ça va dans la bonne direction. En 2017, il a connu une augmentation de presque 50 % des importations du Cameroun vers la Turquie. Pour la première fois, le coton camerounais a pu être vendu en Turquie. Nos importateurs se sont dit que le coton du Cameroun est très bon et qu’il faut aussi voir les opportunités de produire sur place, au Cameroun.

Nous travaillons étroitement avec le Gouvernement camerounais pour approfondir notre partenariat. La prochaine réunion de la Commission Economique Mixte Turquie-Cameroun sera organisée à Yaoundé en 2018.

D’autre part, il y a un an que le Conseil d’affaires turco-camerounais a été créé. Il va organiser bientôt sa première réunion conjointe à Istanbul en mai 2018. Nos cercles d’affaires pourront trouver les meilleurs moyens de développer cette interaction. Notre devoir au niveau des gouvernements c’est de donner les incitations nécessaires. İl y a beaucoup de choses à faire d’après les hommes d’affaires turcs qui visitent le Cameroun. Il faut concrétiser aussi des modèles de co-production et ne pas se limiter aux échanges des biens. Nous encourageons les entrepreneurs turcs à utiliser le Cameroun comme une base de production et d’exportation pour l’Afrique Centrale. Notre souhait c’est de voir des partenariats dans lesquels le côté turc apporte des financements et la technologie et le coté camerounais ajoute son expérience dans la sous-région.

Notre Ambassade accompagne les opérateurs économiques camerounais qui veulent découvrir la Turquie. Nous organisons des visites de travail sectorielles dans les deux directions. Les entrepreneurs des deux pays rentrent avec beaucoup de motivation et des bons plans qui sont concrétisés par la suite. Nous encourageons aussi la participation aux salons spécialisés.

Quel message pour les milieux d’affaires Africains ?
Mon message aux milieux d’affaires camerounais c’est de découvrir la Turquie. C’est un grand avantage que Turkish Airlines s’envole vers Istanbul chaque jour. İl faut y aller pour connaitre le pays, les gens, le folklore et la culture du business. Egalement, je conseille souvent aux hommes d’affaires turcs de venir ici pour forger des liens humains car tout commence par la familiarité et l’amitié. En ce qui concerne nos procédures de visa, je tiens à rassurer nos amis camerounais que notre système n’est pas si difficile. Il y a sûrement des exigences mais ne nous en voulez pas, car parfois il y a aussi des aventuriers qui utilisent de tels voyages pour d’autres buts. C’est pour cela que nous devons rester vigilants. Notre philosophie principale est de promouvoir les visites. Pour ceux qui ont leurs documents complets les procédures sont assez rapides.
Avant de conclure cet entretien je tiens à souhaiter une très bonne année à tous nos frères et sœurs au Cameroun. J’espère que 2018 apportera toutes les bonnes choses qu’ils désirent. Nous resterons aux côtés du Cameroun et continuerons à accompagner votre beau pays dans sa quête vers un avenir plus prospère incha Allah !

 

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