Le 13 septembre 2017, plus de 60 intellectuels universitaires s’étaient réunies à la MAISON DU BARREAU DE LUBUMBASHI, dans le but d’analyser le rôle moral de l’ intellectuel congolais, au regard de la déroute constitutionnelle de la RDC. La conclusion des débats, sous le thème « L’UNIVERSITAIRE ET SOCIETE CONGOLAISE », a été sans équivoque : « L’intellectuel universitaire congolais doit être proactif et cesser d’apporter l’eau au moulin d’un régime de prédation ».

Organisée par l’IRDH, la conférence a connue deux orientations : (i) « Sortir de Berlin? L’universitaire congolais et la construction/destruction de la nation », du Prof. NGOIE TSHIBAMBE Germain (PhD) ; et (ii) « Les intellectuels universitaires congolais devant la Nation en péril : De la stigmatisation à la révolte », du Prof. KAMPETENGA LUSENGU Norbert (PhD).

Le Prof TSHIBAMBE a posé, à priori, la question de la compétitivité de l’intellectuel congolais dans le monde. A l’instar des entreprises commerciales que l’on apprécie, en fonction de leur capacité à produire des biens et services au bénéfice des actionnaires, l’universitaire congolais est apprécié par rapport à sa capacité d’engendrer des idées conduisant à solutionner des problèmes que connaisse la société congolaise.

Ce premier exposé avait l’avantage d’illustrer la gravité du problème congolais, par la pièce de théâtre intitulée « ZAIRE », de VOLTAIRE (1732), et le livre « The Heart of Darkness », de Joseph CONRAD.

Dans ZAIRE, une demoiselle prise en captivité et retenue esclave à la cour, fut tuée par jalousie du Sultan Orosmane qui en était tombé amoureux. Ensuite,  « The Heart of Darkness » démontre comment le Dr Kurtz qui voulait « civiliser les indigènes » a été emporté par la soif des richesses sur fond de la violence.

Le premier cas illustre la perte de confiance de soi et en soi de l’esclave qui correspond au manque d’ingénierie sociétale congolaise pour se régénérer. Le second cas démontre comment le Congo a toujours été considéré comme une affaire. D’abord par le Roi Leopold II, ensuite le Royaume de la Belgique, et enfin les différents Présidents congolais et leurs familles. Hier comme aujourd’hui, l’exploitation des ressources naturelles est sans égard pour la population congolaise. Par contre, ladite exploitation se fait sur fond de massives violations des droits de l’Homme et des campagnes de dénigrement de la personne du congolais.

« Les intellectuels doivent agir en urgence, pour mettre fin au régime de prédation, en RDC »

L’universitaire congolais prend la place du collabo de l’esclavagiste ou du « negre évolué » qui perpétue le système d’exploitation violente de ses pairs que constitue la population congolaise. TSHIBAMBE paraphrase Achille MBEMBE qui disait que l’africain exercice le pouvoir politique pour donner la mort à quiconque lui résiste. (Nécropolitique, in Raisons Politiques, 2006). Et de conclure qu’il est urgent qu’émerge un Nouveau Type de Congolais (NTC) capable de s’imposer au gouvernant qui abuse de lui. L’universitaire intellectuel doit mettre en place des pratiques qui insufflent un autre élan de devoir-vivre ensemble dans la convivialité.

Si le premier orateur a souligné la gravité du problème congolais, le second, le Prof. KAMPETENGA a insisté sur la définition et le rôle de l’intellectuel universitaire. Celui-ci est défini par rapport à ce qu’il n’est pas un jouisseur septique. Par contre, il est un courageux capable des hauts faits et des hautes valeurs morales. De par son rôle historique, l’intellectuel est un penseur libre, un mobilisateur d’actions émancipatrices. Il réveille la conscience du peuple et révolte les consciences contre la tyrannie, l’arbitraire et la barbarie.

Par contre, l’exposé a condamné l’opportunisme sans vergogne d’une certaine classe d’intellectuels congolais qui diffuse des messages attentatoires à la Constitution et multiplie des symboles d’une violence morale inouïe. A l’instar de l’affichage des messages WUMELA et SHIKATA, sachant qu’ils sont contraires à la volonté du peuple renfermée dans la disposition constitutionnelle limitant, a deux mandats de cinq ans, au Président de la République légalement élu. Ce rôle négatif de l’intellectuel est condamné, car il crée de la confusion.

Dans sa conclusion, KAMPETENGA a rappelé que la prise de conscience a toujours été l’affaire d’un petit groupe. C’est ici qu’il a saisi l’opportunité de revenir sur le message des évêques Catholiques qui alerte l’opinion sur le fait que le pays va très mal et que l’intellectuel doit y répondre de toute urgence. Il a aussi rappelé la Responsabilité Sociale de l’Universitaire (RSU) soulignée par la Conférence de Kinshasa organisée, le 28 août 2017, par l’Institut pour la Démocratie , la Gouvernance, la Paix et le Développement (IDGPA).

La conférence de l’IRDH se résume en ce qui ressort de la dizaine des interventions de grande importance, des professeurs d’universités, avocats et journalistes.

1.     La majorité des intervenants a insisté sur le besoin de reprendre les discussions dans un délai relativement court, afin de ressortir les voies et moyens de réactiver effectivement les valeurs morales.

2.     Le professeur MUDIMBI a recommandé la sortie du schéma de Berlin, par la cessation de la reproduction du système de prédation néo-colonialiste des dirigeants corrompus. L’intellectuel congolais, devenu comme le sel qui a déjà perdu sa saveur, doit imaginer des moyens de reprendre des valeurs morales qui constituent sa saveur.

3.     Pour le Prof NKUMISONGO, l’universitaire doit imaginer un nouveau moyen intellectuel qui contraint le leadership politique véreux à œuvrer pour la population. Il convient de renverser l’actuelle « échelle de valeurs » sous contrôle d’un leadership agissant contre le bien-être collectif.

 

Par Maitre Tshiswaka Masoka Hubert
Avocat au Barreau de Lubumbashi
Directeur General de l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH)
 

 

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